Le film « Valérian et la cité des mille planètes » sort aujourd’hui en salles. Quel est l’enjeu économique d’un tel film ?

Dane DeHaan sur le tournage de Valérian, Luc Besson derrière la caméra
Dane DeHaan sur le tournage de Valérian, Luc Besson derrière la caméra © EuropaCorp - VALERIAN SAS – TF1 FILMS PRODUCTION

Vous savez, le cinéma c’est une industrie et un film, c’est une entreprise en CDD, avec des enjeux à court terme, à plus long terme, d’autres encore qui dépassent le film. L’enjeu à court terme, c’est la capacité à gagner de l’argent. Avec 190 millions d’euros de budget, « Valérian » est le film le plus cher de l’histoire du cinéma français et même européen selon son réalisateur Luc Besson. Et là, il s’agit d’un formidable pari, comme au XVIIe siècle, quand les riches marchands néerlandais finançaient les grandes expéditions maritimes vers l’Amérique. Si les bateaux reviennent chargés d’or, si le film marche, bingo. Si ça tourne au naufrage, perte sèche. Et comme à cette époque où naissait le capitalisme, il y a partage des risques, entre des investisseurs comme BNP Paribas, des distributeurs de films un peu partout dans le monde et des partenaires commerciaux comme Lexus qui veulent faire voir leurs produits.

Il faudra tout recommencer pour le prochain film ?

D’habitude oui, le cinéma est une activité de projets. Mais avec « Valerian », il en va autrement. Besson vise le plus long terme, il voudrait en faire le premier épisode d’une saga. C’est avec des films en série que marche la seule grande entreprise de cinéma qui réussit vraiment dans le monde, et dont vous connaissez le nom puisqu’il s’agit de Walt Disney Company. Disney exploite deux filons prodigieux : Star Wars et les superhéros Marvel comme Spiderman. Besson et son studio EuropaCorp aimeraient bien s’inscrire dans le même modèle, plus confortable car il garantit pratiquement un coussin de revenus pour chaque film de la série. Pour « Valérian », il y a une bonne base avec les 23 albums de la bande-dessinée créée il y a un demi-siècle par Pierre Christin et Jean-Claude Mézières. Reste à convaincre le spectateur.

Vous nous parliez d’un enjeu qui dépasse le film…

Au fond, c’est peut-être le plus important. Car le cinéma est une industrie qui vend non pas des savonnettes ou des chambres d’hôtel, mais du rêve. Il façonne notre vision du monde, notre conception de l’avenir, nos aspirations. Depuis plus d’un demi-siècle, les Américains ont formidablement réussi en la matière. Le cinéma est un composant majeur de leur « soft power », leur pouvoir doux, celui qui ne passe pas par les armes. Tant mieux si d’autres films, d’autres images, d’autres histoires viennent enrichir les cultures du monde.

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