Le titre de votre édito : une transparence à géométrie variable.

C’est un titre qui peut paraître étrange mais la réalité l’est tout autant. Les députés ont adopté hier en première lecture le projet sur la transparence de la vie publique. Chacun d’entre nous pourra aller en préfecture consulter le patrimoine des élus. Que l’on en pense du bien ou que l’on considère que c’est du voyeurisme hors sujet, il y aura en tous cas davantage de transparence des comptes privés . En revanche, on peut penser que, sur les comptes publics , l’exercice de transparence n’est pas suffisant. Les comptes publics, ce sont 1.300 milliards d’euros dans une période d’énormes incertitudes – et chaque battement d’aile de la croissance fait bouger le paquebot de plusieurs dizaines de milliards ! La question est donc de savoir si on n’en fait pas trop sur la transparence accessoire, et pas assez sur la transparence essentielle.

La droite réclame à cor et à cri un collectif budgétaire…

Son bilan mauvais sur le terrain des finances publiques ne lui permet pas de donner beaucoup de leçons. Mais c’est vrai qu’il est curieux qu’en juin 2013, l’Etat vive sur un Budget élaboré l’été dernier, il y a un an. Depuis, on est passé d’une croissance espérée à une probable récession, les recettes fiscales s’étiolent, il y a de nouvelles dépenses, et finalement, les seules informations transmises l’ont été à la Commission de Bruxelles, pas au Parlement français. La remarque est la même pour les comptes sociaux et des collectivités locales : on ne sait pas grand-chose en cours d’année. Le gouvernement refuse de faire voter une loi de finances rectificative, il attend l’automne. Mais si on regarde les choses froidement, les entreprises publient bien des comptes trimestriels et vous pouvez surveiller à tout instant, chaque minute, l’état de vos comptes en banque.

Mais au fond, est-ce important de savoir si le déficit public est à 3, 3,7% ou 4% du PIB ?

En termes philosophiques, non ! Mais cela a des conséquences pour les contribuables si le gouvernement décide de boucher les trous avec des prélèvements nouveaux ; et cela a des conséquences aux yeux de tous ceux qui font les fins de mois de l’Etat, les fameux marchés financiers. L’été dernier, croix de bois, de fer, on jurait que le déficit ne dépasserait pas les 3% de PIB. Il y a quelques semaines, le gouvernement a changé de pied à cause de la conjoncture et a parlé de 3,7% sans donner beaucoup de détails ; demain, la Cour des comptes dira que cela pourra peut-être monter jusqu’à 4%. Et des économistes parient sur 5%. Tout cela n’est pas négligeable, d’autant plus que les taux d’intérêt auxquels le Trésor se finance sont remontés ces derniers jours parce que la Réserve fédérale américaine a décidé d’arrêter la planche à billets.

Le gouvernement devrait donc en dire plus sur l’état des comptes ?

Peu importe que cela soit une loi de finances rectificative, une déclaration, des documents que sais-je. Mais après avoir mis en place le plus formidable tour de vis fiscal depuis longtemps, le minimum est – effectivement - de rendre des comptes.

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