La Cour des comptes est-elle le dernier des Mohicans sur les finances publiques ? Ses alertes résonnent (presque) dans le vide et la baisse des taux d'intérêt rend sourds les économistes et les gouvernements.

Cour de comptes à Paris
Cour de comptes à Paris © AFP / Ludovic Marin

La Cour des comptes a publié hier son habituel rapport de mi-année sur la situation des finances publiques et il faut bien reconnaître que cela n’a pas suscité un intérêt énorme. Normalement, cela fait les gros titres, là ce sont les petits titres – même dans Les Echos c’est dire. 

Pourtant, la Cour a fait son job habituel, elle met en garde sur les mesures non financées après les gilets jaunes, les risques de dérapage et le niveau de la dette publique, Les chiffres eux-mêmes frappent l’esprit, la différence entre les recettes et les dépenses des administrations publiques est affichée à 557 milliards d’euros depuis 2012, la dette c’est 2.315 milliards d’euros. 

Mais voilà, ça ne prend pas. Pourquoi ? 

  • D’abord parce que le train arrive quand même un peu à l’heure : la Cour n’a rien à dire sur l’exécution du budget en 2019 par le gouvernement, du coup elle regarde 2020. 
  • Ensuite, le gouvernement lui-même n'est pas passionné par les questions budgétaires de l’Etat. Je n’ai pas compté le nombre de fois où Gérald Darmanin, le ministre qui normalement devrait en parler le plus à Bercy en a parlé ces dernières semaines, mais c’est faible. 
  • Enfin et surtout, le manque d’attention vient du fait qu’avec des taux d’intérêt très bas, la pression sur les finances publiques semble s’être envolée. 

La semaine dernière et encore brièvement hier mardi, les taux d’intérêt sur des obligations d’Etat à dix ans étaient négatifs (-0.004%), en dessous de zéro, cela veut dire que c’est le prêteur qui paie parce qu’il pense que son argent est plus en sécurité qu’ailleurs. 

Un certain nombre d’économistes défendent l'idée, comme Olivier Blanchard, ex-chef économiste du FMI, l’idée que c’est le moment pour les Etats d’emprunter pour des projets. 

Est-ce le cas ? 

La Cour des comptes répond à Olivier Blanchard en le citant (c'est rare, elle est touchée au cœur) et elle nous dit : les taux peuvent remonter et le retour de bâton serait violent ; elle dit aussi que la France peut, pour une raison ou une autre, soudain inquiéter les prêteurs, qui sont pour moitié non-résidents, et qu'en cas de crise financière tout est possible. Tout cela est vrai. 

Mais je dois avouer qu'on le répète avec un peu de lassitude et sans enthousiasme, et je me fais l’impression d’être un vieux barbon, et donc je m’arrête là !

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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