L’édito éco de Dominique Seux, des « Echos ». _____ Les syndicats appellent aujourd’hui à une journée de mobilisation dans toute la France. Mais il ne fait guère de doute que, de toutes les journées d’actions qu’ils organisent depuis le début de l’année, ce sera celle qui méritera le moins son nom. D’abord parce que les actions dont on parle ce matin sont davantage celles des producteurs de lait que des syndicats. Ensuite parce que cette mobilisation, c’est un peu partout le service minimum, sauf à la SNCF où le trafic est perturbé pour des motifs particuliers. Bref, le premier point est que le mouvement social semble s’essouffler après les grandes manifestations de janvier, de mars et du 1er mai. Chacun constate aussi qu’il n’y a plus eu d’actions violentes depuis deux mois, séquestrations de patrons ou invasion de sous-préfecture. Rétrospectivement, évidemment, les appels à faire de mai 2009 une répétition de mai 1968 font sourire. Tout comme l’audace de Dominique de Villepin qui, le premier, a décrit la situation « prérévolutionnaire » dans laquelle se trouverait la France. Pourquoi ce changement de climat si rapide ? Les ponts du mois de mai ont-ils joué un rôle ? Plus sérieusement, les syndicats, eux, disent que ce rendez-vous du 26 mai n’en est pas vraiment un, ce n’est qu’un moment avant l’étape suivante, celle du samedi 13 juin. En fait, il y a deux phénomènes. Il y a eu le miroir déformant des quelques actions violentes évoquées précédemment. Très vite, les experts du social ont rappelé que ce type d’action n’était pas aussi nouveau que cela, mais la machine médiatique s’est emballée. Au passage, on remarquera la différence de traitement entre les actions musclées des agriculteurs, tolérées, et celles des salariés de l’industrie, qui suscitent un émoi sans précédent. En second lieu, les syndicats ont du mal à afficher des revendications précises maintenant. Au fond, tout se passe comme si Nicolas Sarkozy et les syndicats fonctionnaient en tandem. Le président lâche de temps en temps quelques mesures. Les syndicats organisent des grandes manifestations régulières mais tranquilles. Ce calme va-t-il durer ? Ce n’est pas absolument sûr. La hausse du chômage qui a été extrêmement rapide, qui va continuer et toucher les jeunes à la rentrée, va créer de nouvelles tensions. Les syndicats sont aussi obligés de tenir compte des mouvements qui existent à leur marge. A Caterpillar ou dans les filiales de distribution d’EDF et de GDF-Suez. On parle de résignation ou de fatalisme actuellement devant la crise. Mais le climat est fragile et va le rester. Le gouvernement n’a aucun intérêt à crier victoire ce soir en constatant que la mobilisation a été faible. Rendez-vous donc le 13 juin, mais l’essentiel n’est plus là. Cette crise montre l’essoufflement des formes d’actions traditionnelles. Cette crise, qui touche violemment les salariés du secteur privé, montre l’inadéquation entre des syndicats dont les gros bataillons sont dans le secteur public, totalement épargné, et la réalité économique et sociale. C’est le secteur privé qui a besoin d’un contre-pouvoir syndical efficace mais aussi responsable. Les relations sociales feront aussi partie du testament de la crise.

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