**Il faut revenir un peu en arrière. Beaucoup d’auditeurs en sont peut-être restés au plan de sauvetage de 750 milliards d’euros mis en place par les pays européens le 9 mai puis à la hausse vertigineuse, le lendemain, des marchés financiers. Eh bien, depuis, cela ne va pas mieux. Les marchés jouent au yo-yo et, hier donc, Paris a encore perdu 3%. Si le yo-yo repartira vers le haut aujourd’hui, en réalité, depuis dix jours, il s’est passé deux éléments. Le premier, brutal, est que ce que racontent les Européens n’est plus jugé crédible : leur capacité à réduire leurs dettes et à le faire sans casser la croissance, leur solidarité, tout est suspect. C’est injuste, c’est infondé (parce que le grand plan est en marche et que la Grèce a reçu ses milliards), c’est tout ce que l’on voudra mais c’est le cas. Le second élément est que cette défiance sur l’Europe trouble le monde entier, de Tokyo à Bucarest, de New-York à Sydney. Pourquoi cette défiance ?Le fond de l’affaire est toujours que les investisseurs constatent que l’Asie et le Brésil sont repartis, que les Etats-Unis sans doute aussi. Mais que l’Europe a un problème avec sa croissance, que le risque d’un re-plongeon (un double deep en anglais) ne peut être écarté. Ce problème de fond se double d’un problème de communication. C’est ce qu’on appelle (en bon français) le « storytelling », l’histoire à raconter. Quelle histoire raconte la zone euro aux marchés ? La croissance ou l’austérité, l’unité ou les désaccords, l’approfondissement ou l’éclatement ? Un exemple : Londres, Madrid, Rome, Berlin, Paris annoncent des économies budgétaires. Mais difficile d’y voir clair : des pays vont les appliquer tout de suite, d’autres dans quelques mois, d’autres en 2011 ; cela n’a pas le même effet sur la croissance. Le plan allemand sera de 10 milliards d’euros par an et cela fait les gros titres : or 10 milliards en Grèce, c’est énorme, à l’échelle allemande c’est léger. La France fera à peu près le même effort l’an prochain et tout le monde s’affole : or là aussi, il faut quand même le rapporter au volume des dépenses publiques. Qui sait qu’elles s’élèvent à 1.100 milliards d’euros ? Bon, mais que peut faire l’Europe ?C’est difficile à dire, parce que beaucoup a été essayé sans aboutir. L’essentiel est de redonner une boussole aux marchés. Que l’Europe essaie au moins d’harmoniser son message. Qu’elle essaie de montrer qu’elle a des projets pour retrouver des nouveaux moteurs de croissance et d’innovation. Qu’elle essaie de convaincre les opinions publiques que la contrepartie positive de la rigueur sera une coordination accrue des politiques économiques. Qu’elle se réjouisse de la baisse de l’euro qui pourrait bien, sur le plan de la croissance, amortir les effets de la rigueur en soutenant l’activité par les exportations hors zone euro. Sinon ?La situation est sérieuse, pas tant pour l’éclatement de la zone euro mais parce que cette crise des dettes souveraines (qui n’en finit pas depuis six mois), plombe le moral des entreprises et des ménages et qu’elle va vraiment finir par tuer la reprise.**

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