A 12 heures 45, Nicolas Sarkozy accueillera le G8 à Deauville. Question simple : que peut-on attendre de ce sommet ?

On connaît le menu de cette rencontre où il y aura non pas huit, mais dix-huit chefs d’Etat qui participeront à un moment ou à un autre aux réunions. Au menu : l’aide aux pays du printemps arabe (Tunisie, Egypte) et d’Afrique noire (comme la Côte d’Ivoire) ; l’avenir du nucléaire après Fukushima ; Internet ; en coulisses, le remplacement de DSK au FMI. On verra s’il y aura plus de décisions concrètes que de belles déclarations la main sur le cœur. En attendant, c’est pour cette raison que Les Echos ont donné la parole, ce matin, à celui qui a "inventé" ce G6, devenu G7 puis G8 : Valéry Giscard d’Estaing. Nous sommes allés le voir chez lui, dans son hôtel particulier parisien, pour parler de la crise économique, de politique aussi ; à 85 ans, il garde une agilité intellectuelle impressionnante. En fait, surprise, VGE s’est livré à une attaque en règle de la finance, des banques, à laquelle on ne s’attendait pas dans sa bouche.

Que dit-il exactement ? Quand on lui demande quelles devraient être les priorités du G8, sa réponse a fusé : la sortie de crise et la fin des activités spéculatives des banques. Question numéro deux : les pratiques à l’origine de la crise financière ont-elles changé ? Réponse numéro deux : non. Pendant des années, assène celui qui a été aussi ministre des Finances pendant neuf ans, les profits des entreprises ont été confisqués par le système financier qui a travaillé pour son propre compte et celui de ses dirigeants, dans des conditions "extravagantes". VGE s’en prend aussi au lobbying des banques américaines et aux bénéfices des banques françaises, plus de vingt milliards d’euros en 2010. Au passage, il critique ces banques qui ont acheté de la dette grecque, "ce n’était pas leur métier". Bref, il faudrait "dépolluer" le système bancaire. Voilà qui pourrait ringardiser Jean-Luc Mélenchon !

Qu’est-ce qui explique cette charge ? Evidemment, on peut se dire que l’économie, le fonctionnement des entreprises, le rôle des pays émergents, la mondialisation, tout a changé depuis que Valéry Giscard d’Estaing a été "aux affaires". Que son regard est daté. Peut-être. Mais son point de vue est intéressant parce qu’il a le regard large. Sa conviction, assez partagée, est que nous avons connu la première crise de la mondialisation et qu’il y en aura d’autres si les déséquilibres ne sont pas corrigés. Car la caractéristique de la crise a été qu’elle s’est répandue à la vitesse de la lumière à cause de l’interconnexion des économies mais parce que la médiatisation l’a dramatisée. "Si on ne fait rien, dit VGE, il y aura d’autres crises plus graves". Dans cinq, dix ans. Et, alors la "logique de la mondialisation apparaîtra inadaptée".

Voilà pour l’économie. Et la politique ? L’ancien Président a un talent pour "tacler" ses successeurs. François Mitterrand ? "Il a accompli peu de choses, il me l’avait lui-même dit". Jacques Chirac ? "Il a longtemps été contre l’euro". Nicolas Sarkozy ? La France est plongée dans une "divagation fiscale", tout change tout le temps ; le débat sur le système monétaire international n’aboutira jamais ; et le Chef de l’Etat devra retrouver de la hauteur. Après les avertissements, les vacheries.

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