Vous commentez évidemment les résultats des européennes, et d’abord en France.

Ce qui étonne le plus ce matin, c’est l’étonnement ! Les résultats et la première place du Front National qui stupéfie l’Europe sont en réalité cohérents avec notre triple exception française. Une exception économique ; une exception politique ; une exception dans nos relations avec l’Europe. La France est vraiment l’homme malade de l’Europe. Sur le plan économique, nos résultats - et cela ne date pas de la gauche sont terribles. Notre taux de chômage est dans la durée plus élevé qu’ailleurs, notre croissance est plus faible, notre balance commerciale est déficitaire et nos déficits publics sont durablement plus importants. Les Français ont sous les yeux ces quatre points cardinaux de nos échecs, ce tableau d’une crise qui semble sans fin.

Notre spécificité est la même sur le plan politique …

On peut gloser à l’infini sur l’UMP et le PS qui ont choisi d’envoyer à Strasbourg des personnalités qui ne sont pas d’une grande visibilité. Mais ce qui est sanctionné aussi, c’est la lenteur des décisions quand ils sont au pouvoir, cette incapacité à agir vite pour que les choses changent concrètement, cette faculté à procrastiner et à tout aborder par le plan idéologique. Deux exemples montrent combien nous sommes différents de l’Allemagne, pays ou chrétiens démocrates et sociaux-démocrates ont obtenu hier plus de 60% des voix. A Berlin, les deux principaux partis allemands ont réussi à se mettre d’accord sur la création d’un smic en quelques semaines . Ici, on ne dira jamais assez les dégâts causés dans l’électorat populaire, il y a deux ans, par la retaxation purement idéologique des heures supplémentaires, qui a pesé sur le pouvoir d’achat.

Spécificité française, encore, sur la relation à l’Europe …

C’est un concours permanent au « c’est la faute à Bruxelles » qui finit par provoquer le résultat que l’on voit. A droite, on explique que l’Europe est une passoire à immigrés. A gauche, que l’Europe n’est qu’une usine à fabriquer de l’austérité. Et partout que la banque centrale européenne n’est capable que de fabriquer un euro fort... C’est si facile !

Cela étant, les europhobes progressent partout en Europe, pas seulement en France.

Bien sûr. Mais ce qui est intéressant est que la carte de la poussée extrémiste ne recoupe pas la carte de ceux où la crise de l’euro et l’austérité ont été les plus sévères. La Grèce est une exception car c’est dans les pays les plus riches que le populisme progresse, l’Autriche, le Danemark. A l’inverse, en Espagne, au Portugal, en Irlande, les extrêmes restent marginaux. Le succès de l’europhobe Ukip à Londres est un cas à part, scellant le rejet de l’Europe. Au total, les partis europhiles restent certes largement majoritaires à Strasbourg. Mais le projet d’une Europe fédérale est néanmoins mort aujourd’hui… Au total enfin, ce qui s’est passé cette nuit c’est la perte de leadership des élus français dans les deux grands partis qui gouverneront l’Europe demain comme à Bruxelles. Dans les deux sens du terme, la France n’est plus centrale mais marginale.

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