Sept Français sur dix sont favorables au retrait de la loi Travail pour éviter les blocages. La CGT a-t-elle remporté la bataille de l’opinion ?

C’est un sondage Elabe pour BFMTV. Oui, à ce stade -on verra plus tard-, la CGT a remporté cette bataille. Bien sûr, le résultat de ce sondage s'explique parce que les voix de gauche contre la loi s’additionnent aux voix de droite pour qui la loi est si vide qu'elle ne vaut pas tout ce ramdam. On mélange donc choux et carottes. On ne peut pas dire non plus que le gouvernement soit d’une habileté qui fasse crier au génie. Mais au-delà de cela, ce soutien au retrait montre que dans notre pays, les partisans de l’action forte, en l’occurrence la CGT, sont préférés aux partisans du compromis, en l’occurrence la CFDT. C’est peut-on penser injuste. Mais c’est un révélateur du rapport à l’économie et au social d’une partie des Français et cela a à voir aussi avec notre approche, à nous, les médias.

Comment ça, un révélateur ?

Pour une partie de l’opinion, il vaut mieux avoir tort avec la CGT que raison avec la CFDT. Le non, violent ou pas, exprime un rejet large du système économique, il vaut mieux changer de système, que changer le système comme le croient les réformistes. Au fond, c’est l’échec de la négociation complexe au profit du combat pur et simple et d’une forme de vision révolutionnaire. En 2004, la CFDT avait déjà expérimenté cette solitude sur les retraites. Au final, c’est elle qui avait obtenu des contreparties, mais elle a traîné une réputation de mollesse, de jaune. Et en France, on préfère le rouge.

Et en quoi les médias sont en cause ?

L’intérêt de la mise en scène d’un face-à-face Valls-CGT est évident. Il y a aussi une gourmandise un peu bienveillante des images de pneus qui brûlent, bien plus intéressants que la plongée dans les articles arides d’un projet de loi. Pourtant, renvoyer implicitement dos-à-dos la raideur de Valls et la dureté de la CGT fait l’impasse sur la deuxième force syndicale du pays, passée désormais à l'arrière-plan. On en pense ce qu'on veut mais c'est à Notat que les chômeurs doivent la fin de la dégressvité des allocations-chômages, à Chérèque que revient le dispositif des carrières longues pour le départ anticipé en retraite (900.000 personnes) et à Berger peut-être que les salariés devront le compte d'activité. Bilan de la CGT en dehors du maintien des avantages des cheminots ? Que chacun cherche.

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