L’édito éco de Dominique Seux, du quotidien « Les Echos ». ___« Les Echos » publient ce matin un sondage sur la façon dont les chefs d’entreprise vivent la crise. L’Insee sonde régulièrement les Français, les salariés, les ménages, pour connaître leur état d’esprit. Et il y a un certain nombre d’enquêtes de conjoncture. Le sondage Viavoice-ACFCI publié dans le quotidien économique, réalisé auprès d’un échantillon représentatif de chefs d’entreprises, est intéressant parce qu’il essaie de mesurer, d’abord, la proportion de celles concernées par la crise. Et le résultat est impressionnant : six entreprises sur dix parmi celles qui comptent plus de cinq salariés, 61% exactement, se disent « directement », le mot est important, touchées. Comment ? A cause de leur carnet de commandes qui rapetisse, de leurs clients qui renégocient les prix, des banques qui sont plus dures sur les crédits. Qu’est ce que cela veut dire ? Que la crise ne concerne pas seulement les entreprises dont on parle, pas seulement les banques, le CAC 40 ou celles qui font des plans sociaux, mais plusieurs dizaines de milliers d’entreprises, qui la vivent en silence. C’est le premier point. Le second, et c’est une petite surprise, c’est que la question de l’accès au crédit ne vient pas en problème numéro un, mais qu’elle concerne une entreprise sur cinq en France. C’est quand même considérable. Des procédures ont été mises en place, les banques expliquent que tout va bien, mais les patrons n’ont pas l’air d’accord. Quand voient-ils la sortie de crise ? Là, la réponse est assez lucide. Seul un patron sur dix voit la sortie après l’été, un sur deux cite 2010 et 29% une date plus lointaine. Cela signifie qu’une majorité croit à la reprise ! Ces résultats sont assez en ligne avec ce qu’on entend par ailleurs. Le Fonds Monétaire International, la Banque Centrale Européenne parient aussi sur début 2010 ou 2010. Mais c’est le sentiment qui peut bouger le plus vite : vous savez que certains indicateurs commencent à repasser dans le vert – pâle – aux Etats-Unis, encore hier. Mais, à court terme hélas, ce sondage confirme aussi en creux que le chômage va continuer d’augmenter, ne serait-ce que parce qu’il y a plusieurs semaines entre l’annonce d’un plan social et son exécution. Or, on en annonce tous les jours. En deux mois, on a eu 180.000 chômeurs en plus. La série va continuer encore un peu. Autre élément plus surprenant : les patrons doutent du capitalisme. Pas autant que les Français en général, mais il y a une interrogation, c’est manifeste. Un patron sur deux reconnaît avoir une opinion négative du capitalisme actuellement, 57% de l’économie de marché et 85% de la bourse et, là, c’est le seul cas où ils sont plus méfiants que les Français. Attention, comme les très petites entreprises sont interrogées, leur opinion est plus proche de celle de l’opinion au sens large que de celle des patrons des grandes sociétés. Mais cela veut dire aussi la perte de confiance actuelle. Cela éclaire la difficulté du Medef de Laurence Parisot, et ses embardées, pour traiter la question des rémunérations des dirigeants, avec des patrons partagés entre le refus d’être des boucs-émissaires et le rejet des excès. Une bonne nouvelle, quand même, pour la fin. 59% des Français - c’est plus que les patrons - disent que la crise ne les touche pas « directement », de quelque manière que ce soit, sur leur emploi ou leurs revenus. Mais cela ne les empêche pas de s’inquiéter pour leur pouvoir d’achat alors même que la baisse de l’inflation et la revalorisation de certaines prestations le soutiennent, en tous cas au niveau macro-économique. Résultat : 53% comptent dépenser moins dans les mois qui viennent. L’optimisme est mesuré !

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