L'édito éco de Dominique Seux, du journal « Les Echos ». _____L'OCDE, l'organisme de prévision international, a publié hier un nouvel état des lieux de la situation économique. Enfin des bonnes nouvelles ? Hélas, non, c'est même le contraire ! C'est même le tableau le plus sombre que j'ai eu entre les mains. L'OCDE, l'Organisation pour la coopération et le développement économique basée à Paris, annonce que la crise est là au moins jusqu'à la fin 2010. Elle écrit que l'an prochain, en 2009, l'activité se contractera de 0,4% en moyenne dans les pays riches. Si la France est exactement dans la moyenne, pour un certain nombre de pays, ce sera un recul proche de 1% : Etats-Unis, Grande-Bretagne, Espagne, Allemagne. La conséquence concrète de tout ça, c'est que 8 millions de chômeurs vont gonfler les rangs des agences pour l'emploi au total dans tous ces pays d'ici 2010, selon l'OCDE. Voilà le paysage déprimant en toile de fond des plans de relance présentés partout. Aux Etats-Unis, avec des centaines de milliards en plus chaque jour. Bruxelles présente son plan aujourd'hui, très décevant selon ce que l'on sait. La France, ce sera dans dix jours avec au moins 19 milliards d'euros. Mais peut-on se fier à ce genre de prévisions ? C'est une vraie question. Il faut faire très attention. Elles ont évidemment l'apparence du plus grand sérieux. Elles paraissent d'autant plus crédibles que le Fonds monétaire international, la Commission européenne, ont dit, ces dernières semaines, la même chose. D'où aussi un côté répétitif assez anxiogène. Mais toutes ces prévisions, si elles reflètent assez bien ce qui se passe aujourd'hui, ont du mal à prédire l'avenir. En juin, juste avant l'été et deux mois avant l'explosion financière, donc, l'OCDE expliquait que le gros de la crise financière était probablement passé. Elle pariait sur un pétrole à 120 dollars, alors qu'il est à 50. La menace numéro un était l'inflation, alors qu'on parle aujourd'hui de déflation. Et la croissance 2009 était attendue à 1,9%, contre, donc, - 0,4% aujourd'hui. Trop optimiste hier, trop pessimiste aujourd'hui ? Difficile à dire. Il n'est pas question de sous estimer la première crise de la mondialisation. Mais il faut reconnaître aussi qu'il est très difficile de la comprendre. Les modèles de prévision fonctionnent pour une situation normale. Or, nous ne sommes pas dans une situation normale. Il y a quelques mois, l'OCDE reconnaissait que ses modèles de prévision n'intégraient pas la finance. Aujourd'hui, il y a beaucoup de questions en suspens. Pourquoi le marché du crédit fonctionne-t-il toujours mal ? Pourquoi, alors qu'ils ont mis 6.500 milliards de dollars sur la table, les Etats-Unis ne sortent pas de la crise ? Quel rôle va jouer la Chine ? En privé, les économistes, les patrons de grandes entreprises mondiales reconnaissent qu'ils sont dans le flou. C'est une équation où il y a de plus en plus d'inconnues et la confiance ne se met pas en équation. La plupart des informations qu'on a vont dans la mauvaise direction. Mais on ne peut pas exclure que l'économie rebondisse. On ne va pas supprimer les prévisions, mais un peu d'humilité est absolument nécessaire. Il faut peut-être accorder plus d'importance aux données, aux chiffres qui retracent la réalité de ce qui se passe, le moral des industriels, le chômage, qu'aux prévisions qui vont être revues toutes les trois semaines. Il y a beaucoup d'experts de la crise, mais il y a aussi un peu une crise des experts. Les prévisions catastrophiques d'aujourd'hui ne sont peut-être pas davantage parole d'Evangile que celles d'hier qui voyaient tout en rose. Mais avec humilité, je reconnais que je commenterai avec conviction les prochaines prévisions !

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