Ce matin, rebondissement dans le bras de fer entre le gouvernement et le groupe sidérurgique Arcelor-Mittal.

C’est une déclaration d’Arnaud Montebourg que nous mettons à la Une des Echos : « nous ne voulons plus de Mittal en France ». Cette phrase du ministre du redressement productif constitue une étape de plus, après la menace de nationalisation du site de Florange jeudi dernier. Cette phrase, Arnaud Montebourg a souhaité qu’elle soit publiée, quand il nous a reçu, ma consœur Elsa Freyssenet et moi, vendredi à déjeuner dans son bureau de Bercy. Et le bon cru bourguignon qui accompagnait le plateau-repas n’est pour rien dans la colère qu’il ressent, dit-il, face à un groupe qui « ne respecte pas la France » et a multiplié les « mensonges accablants ». « La violence et la brutalité, il va falloir qu’elles se paient », promet-il.

Et c’est donc à une nationalisation qu’il pense ?

Oui, à une prise de contrôle par l’Etat de l’entité industrielle, avec l’appui d’un partenaire industriel minoritaire au départ. Mittal serait indemnisé. Depuis deux mois, l’Etat n’a pas trouvé de repreneur pour la filière liquide de Florange. En revanche, il aurait deux propositions pour la reprise d’un ensemble plus large englobant la fabrication des pièces d’acier pour l’industrie. Sauf que Mittal n’est pas vendeur. D’où la nationalisation.

Quel est l’objectif d’Arnaud Montebourg ?

Il veut contraindre Mittal à négocier, et donc à plier. Il veut réussir là où Nicolas Sarkozy avait échoué à Gandrange. Sa démarche séduira une opinion qui n’aime pas ce groupe indien qui a racheté Arcelor. Arnaud Montebourg a le soutien des élus mosellans, et aussi de Thierry Breton, ministre des Finances de droite au moment du rachat en 2006, et peut-être aussi de Jean-Louis Borloo. Montebourg est en réalité prêt à ce que Mittal quitte la France et soit remplacé par exemple, par le russe Mordachov. Ce que l’on veut savoir ce matin, c’est si François Hollande appuie le tour que prend ce bras de fer. Enfin, à titre personnel, Montebourg en a assez, il nous l’a dit dans les yeux, qu’on le prenne pour un rigolo.

Bon, et cette idée de nationalisation est une bonne idée ?

C’est un coup de poker incroyablement risqué. Cette idée renvoie aux nationalisations-sanctions de 1946 ou 1981. Ou à celle de Barack Obama pour sauver General Motors. Le problème est que cela n’a rien à voir. GM était moribonde, Arcelor-Mittal ne l’est pas. Obama n’a pas enlevé deux usines à GM pour les donner à Toyota ! Priver le groupe de Florange désorganiserait toute sa production ; or, le groupe, c’est 150 sites en France, 20.000 salariés et les deux tiers de la sa production européenne d’acier. Nous ne voulons plus de Mittal en France : la phrase de Montebourg suppose que l’Etat soit prêt à nationaliser l’ensemble de la sidérurgie française. C’est stupéfiant. Pour finir, me permettez-vous de vous livrer une plaisanterie qui court en Lorraine ces jours-ci ?

Lakshmi Mittal meurt et arrive devant Saint-Pierre qui le dirige illico en Enfer au vu de son bilan. Mais trois jours plus tard, le Diable vient voir Saint-Pierre et le supplie de reprendre Mittal au Paradis. Et il explique : il m’a déjà arrêté trois hauts fourneaux !

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