Il y a un petit mystère social et médiatique qui mérite que l’on s’y arrête. Pourquoi certaines revendications, certains mouvements, émergent-ils dans le débat public tandis que d’autres restent cachés sous le tapis de l’actualité ? Vaste sujet !

Ces derniers jours, les artisans, les footballeurs, les bonnets rouges, les centres équestres, les agriculteurs ont eu - ont encore - leur heure de gloire. En revanche, d’autres, et on prend ce matin le cas des sages-femmes (on pourrait en prendre d’autres) peinent à se faire entendre. Cette profession est en grève depuis mi-octobre pour réclamer une amélioration de ses conditions de travail, vendredi, elle a voté la poursuite du mouvement et encore hier elle a envoyé une lettre à Marisol Touraine, ministre des affaires sociales. Mais il a fallu du temps pour que le tam-tam médiatique démarre et que le gouvernement s’y intéresse. Dans les quotidiens nationaux, elle a suscité en un mois deux fois moins d’articles que les centres équestres, vingt fois moins que les bonnets rouges ! Ironie : les sages-femmes demandent justement à ne plus être invisibles.

Et donc, pourquoi cette relative indifférence ?

Pour émerger, un mouvement a besoin de trois choses. Un symbole facile à retenir : le bonnet rouge, vert ou indigo, c’est parfait ; l’équi-taxe, cela sonne bien. Les sages-femmes n’ont pas encore trouvé le leur ! Il faut aussi un porte-parole. Lors de leur dernière grande mobilisation, en 2001, les sages-femmes avaient bénéficié de l’appui d’une certaine Mireille Jospin, 91 ans, la mère du Premier ministre d’alors ! Difficile de faire mieux. Et il faut enfin qu’un mouvement de protestation ait des conséquences concrètes, se voit, « fasse des images ». En grève, les sages-femmes, elles, continuent de donner naissance. Rien n’est bloqué. En réalité, on a commencé à parler d’elles quand elles sont allées au siège de France 2 !

Puisque vous en parlez, quelle est leur revendication ?

On ne dira pas ici si elle est légitime ou pas, cela demande des connaissances particulières que l’on n’a pas. Mais leur discours mérite vraiment d’être entendu. Elles sont diplômées Bac + 5 et ont le sentiment d’être les parents pauvres (sans jeu de mot) de la médecine. Snobé par le système, qui les catalogue quelque part entre les médecins et les infirmières, pas vraiment une profession médicale, alors qu’elles font 80% des accouchements. Concrètement, elles aimeraient aussi que les femmes les voient sans passer par un gynécologue. Bref, elles veulent de la reconnaissance y compris financière. A Bac + 5, leur salaire de départ est théoriquement de 1.600 euros bruts – c’est très bas – et moins qu’un infirmier anesthésiste. Une sage-femme qui en encadre 80 autres gagne 3.600 euros.

Y-a-t-il d’autres professions qui peine à se faire entendre ?

Ce qui vient à l’esprit, ce sont les professeurs des écoles, dans les écoles maternelles et primaires, qui ont des salaires indécents – parce qu’en France, le second degré a toujours été privilégié. Dans les deux cas, on notera que la profession est surtout féminine, ce qui en dit long sur un certain machisme. Mais c’est bien sûr un hasard.

Aller plus loin :

En juin, le magazine Interception de la Rédaction de France Inter consacrait une de ses éditions au quotidien des sages femmes. Pour retrouver ce reportage : 24 heures dans la vie d'une sage-femme

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Le blog de Dominique Seux

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