Le Parlement européen va voter demain une résolution pour démanteler Google. Objectif : lutter contre l’hégémonie du moteur de recherche. Est-ce justifié ?

Le démantèlement entre d’un côté la recherche, de l’autre les autres activités, c’est excessif. Cela n’arrivera de toute façon pas parce que ce texte européen n’aura qu’une valeur politique. C’est la Commission européenne, à Bruxelles, qui a la main juridique. Mais l’idée de mettre la pression sur les géants du numérique est justifiée ... à condition de séparer le vrai du faux dans les critiques qu’on leur adresse.

Que reproche-t-on à Google ?

Son hégémonie. Le moteur a un quasi-monopole pour les recherches sur Internet en Europe. Neuf fois sur dix, on passe par lui. Et on lui reproche de profiter de la situation pour favoriser, dans les réponses qu’il apporte à vos recherches, (de favoriser) les entreprises qui lui achètent de la publicité. Ou ses propres services. Bref, ce ne sont pas les réponses pertinentes (les plus intéressantes) qui apparaîtraient en premier, mais des réponses qui intéressent Google.

Et c’est vrai ?

C’est vrai est que l’algorithme de Google, qui classe les réponses, est un secret mieux gardé que celui des pyramides d’Egypte. Et donc on ne sait pas –et ce n’est pas normal. Vrai que les entreprises achètent des mots clés pour être bien référencées par Google. Tout le monde s’inquiète aussi –notamment les Allemands- des ambitions sans limites de Google, dans la voiture, les lunettes etc. Les médias sont bien placés pour savoir que Google capte la valeur ajoutée du travail des journalistes à son profit. Cela étant, attention aux fantasmes. Quand vous cherchez un comparateur de billets d’avion, liligo, opodo, govoyages sont proposés avant Googleflight, le comparateur maison du site américain.

En réalité, on reproche à Google son … succès ?

Si Google a autant de succès, c’est d’abord que son produit est excellent ! Il a gagné la bataille des navigateurs en quatre ans. Et on peut dire la même chose des trois autres membres du club des GAFA. Apple a créé le marché des tablettes en 80 jours. Facebook a capté 16% de notre temps en dix ans. Amazon livre des produits frais. A eux quatre, ils ont un chiffre d’affaires de 250 milliards d’euros, avec seulement 250.000 salariés. Incroyable ! Le drame est que l’Europe est incapable de mettre sur pied des géants de ce type alors même qu’aux Etats-Unis, Google est concurrencé par Yahoo et par Bing, qui a 20% de parts de marché. Voilà le problème auquel il faut s’attaquer.

Votre conclusion ?

Vouloir détruire un produit innovant et gratuit pour nous tous (qui pouvons en choisir un autre) est compliqué à expliquer. En revanche, que l’Europe arrive à avoir une fiscalité unique et Google paiera davantage d’impôts (ce qu’il faut) ; que l’Europe créé un écosystème favorable au numérique et il y aura de la concurrence ; C’est en dernier ressort que l’Europe doit utiliser le droit - comme elle l’a fait efficacement avec le droit à l’oubli. Mais avant l’arme atomique du démantèlement, il y a encore des étapes.

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