Hier lundi, Edouard Philippe avait choisi des des boutons de manchette en forme de raquettes de ping-pong : tout un symbole ! La réforme des retraites navigue entre les coups lancés et l'odeur de poudre d'une part, et les échanges et les discussions d’arrière-salle d'autre part.

Le président de l'union française CFTC, Cyril Chabanier, face à Edouard Philippe au Palais Matignon le 25 novembre 2019, dans le cadre de réunions avec des syndicats français et des partenaires sociaux pour discuter de la réforme des retraites
Le président de l'union française CFTC, Cyril Chabanier, face à Edouard Philippe au Palais Matignon le 25 novembre 2019, dans le cadre de réunions avec des syndicats français et des partenaires sociaux pour discuter de la réforme des retraites © AFP / Thomas Samson

Tous nos auditeurs ne connaissent sans doute pas cette coquetterie vestimentaire d’Edouard Philippe, le premier ministre : ses boutons de manchette. Il en aurait une centaine, qu’il choisit soigneusement chaque jour. Jeudi dernier, quand vous l’avez interviewé dans ce studio, ces boutons étaient en forme de fusée, sans que je puisse dire si c’était une allégorie politique, de l’auto-dérision ou un encouragement à Ariane 5 dont on attendait l’envol. Eh bien, savez-vous lesquels il arborait hier, en commençant à recevoir les partenaires sociaux sur les retraites à Matignon ? De superbes raquettes de ping-pong rouges. Là, le sens est plus facile à percer : la partie n’est pas jouée, il y aura des échanges mais il y aura des coups.

Au fond, c’est la situation de ces heures-ci sur les retraites. Tous les acteurs veulent d’abord montrer leurs muscles pour le match attendu à partir du 5 décembre. On sent l’odeur de la poudre. 

Du côté des syndicats, la CGT, Force ouvrière et les autres, humiliés par des gilets jaunes qui ont obtenu 20 milliards d’euros, humiliés par le discours récurrent sur leur disparition, tirés par leur base, les syndicats ont besoin que le mouvement soit puissant. A la SNCF, c’est le match retour de la réforme ferroviaire que beaucoup ont en tête. 

Du côté du gouvernement, le discours a changé depuis un dîner à l’Elysée mardi dernier, dîner au cours duquel Emmanuel Macron a exigé de la fermeté de ses ministres pour faire cette réforme. Depuis, l’exécutif prend l’opinion publique à témoin en dénonçant -ce sont ses mots- une grève pour préserver des acquis injustifiés des régimes spéciaux. 

Mais en coulisses, cela discute aussi. Disons que ça se tâte et que ça se renifle. 

Depuis des mois, Jean-Paul Delevoye concerte avec les travailleurs indépendants, les avocats, les chauffeurs routiers etc. pour adapter le futur régime unique à des spécificités. Dès octobre, le gouvernement a par exemple promis aux routiers de continuer à financer un départ en retraite à 57 ans. 

A EDF et Engie, les entreprises s’engagent elles-aussi à maintenir des dispositifs avantageux, qu’elles continueront à payer. A la RATP, la direction fait tout pour démontrer que les retraites anticipées ne coûtent pas si cher que cela et la SNCF se creuse la tête pour reporter la réforme voire conserver un mini-régime spécial pour une partie de ses cheminots. 

Passer de la diversité des régimes sans l’unité à l’unité dans la diversité serait paradoxal mais derrière l’odeur de poudre, c’est bien le paysage qu’envisage le gouvernement.

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