Le nouveau gouvernement allemand va baisser les impôts de 24 milliards d'euros… L'économie allemande a-t-elle besoin d'un tel stimulant, Jean-Marc ?A première vue, non. L'activité repart en Allemagne comme en France, même si nos voisins ont subi cette année une chute de la production deux fois plus forte que chez nous. Il serait certes périlleux de faire de l'austérité budgétaire aujourd'hui, mais Berlin aurait pu se passer de cette impulsion massive. La décision serait donc d'abord politique.Exactement. Les libéraux du FDP avaient inscrit dans leur programme électoral des baisses d'impôts de 35 milliards d'euros. Et Angela Merkel ne pouvait pas se passer d'eux pour former son gouvernement. Ils ont discuté pendant douze heures d'affilée ce week-end pour arriver à ces fameux 24 milliards. C'était le dernier point de blocage pour la formation de la nouvelle coalition. La chancelière pourra donc obtenir l'accord du Parlement après-demain pour la formation de son nouveau gouvernement. Et puis avec les baisses d'impôts, elle peut espérer que son parti gagnera les élections en Rhénanie-Wesphalie, une victoire nécessaire pour garder le contrôle du Bundesrat, le Sénat allemand. Cette relance budgétaire rapproche-t-elle l'Allemagne de la France? Du côté des chiffres, oui. La France aura l'an prochain un déficit budgétaire de plus de 8% du PIB et avec les baisses d'impôts prévues, l'Allemagne va s'approcher de ce niveau. Et puis 24 milliards, ça fait à peu près la somme des baisses d'impôts accordées en 2007 par le gouvernement Villepin et en 2008 par Nicolas Sarkozy. Et au-delà des chiffres ? Du côté de la volonté, le Rhin reste une vraie ligne de partage. Car en France, tout le monde ou presque semble se moquer du déficit qui galope. C'est assez différent en Allemagne. Le nouveau ministre des Finances, le très têtu Wolfgang Schaüble, avait dit pendant la campagne qu'il était contre les baisses d'impôts. A peine nommé, il a expliqué que tous comptes faits, il était pour, et qu'il était hors de question de revenir à l'équilibre budgétaire d'ici à la fin de la législature. Mais il a immédiatement ajouté qu'il faudrait réduire sérieusement les dépenses dès que ça irait mieux. Mais finalement, est-ce que c'est une bonne mesure, ces baisses d'impôts ?Si on croit, comme moi, que l'économie européenne risque de retomber comme un soufflé dès l'an prochain, en Allemagne comme en France et ailleurs, alors une nouvelle relance fiscale peut paraître une bonne idée. D'autant plus que l'Allemagne a un problème que nous n'avons pas: ses habitants consomment peu. Ils ont été mis à la diète par les entreprises qui ont serré les salaires depuis près d'une décennie. Et une vraie sortie de crise passera par un monde plus équilibré, où les Américains achètent moins et où les Chinois et les Allemands dépensent plus. Reste à savoir si la baisse d'impôt est le bon levier. Car au fond, nos voisins sont bien trop sérieux. Ils ne laisseront jamais filer vraiment le déficit budgétaire. L'effet favorable des baisses d'impôts sera vite compensé par des réductions brutales dans les dépenses de l'Etat.

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