Par Jean-Marc Vittori

Le japonais Sony arrête la vente de son Walkman au Japon. Et c’est une page de l’histoire industrielle qui se tourne.

Mais avant d’y venir je voudrais expliquer aux jeunes auditeurs ce qu’était un Walkman : ça sert à la même chose qu’un IPod au départ, c'est-à-dire à écouter de la musique, mais c’était gros comme six ou huit IPhone, ça fonctionnait avec des pîles qu’il fallait changer tout le temps et pour écouter la musique on devait mettre une cassette avec un ruban magnétique qui s’emmêlait parfois dans la machine.

Dit comme ça, ça paraît bizarre mais c’était en réalité révolutionnaire. Lancé en 1979, le Walkman était le premier objet nomade, celui qu’on peut transporter dans une poche. Akio Morita, le patron de Sony à l'époque, avait été un pionnier en pressentant que l’électronique grand public allait s’arracher des prises électriques pour suivre le consommateur. La légende veut d’ailleurs que Morita ait demandé à ses ingénieurs de fabriquer le Walkman pour qu’il puisse écouter de l’opéra en jouant au golf.

Est-ce que le Walkman a été un succès ?

Oui et non à la fois. Oui évidemment, parce qu’il s’en est vendu 220 millions en 30 ans. Non, parce que ce succès n’est pas à la hauteur de celui de l’Ipod d’Apple, qui s’est déjà vendu à 280 millions d’exemplaires en moins de dix ans. Le Walkman était un produit de luxe – il valait à son lancement l’équivalent de 500 euros, alors que l’on peut acheter aujourd’hui des minibaladeurs dix fois moins chers. Au-delà, le Walkman a été le symbole de la puissance technologique des Japonais, de leur capacité d’innovation, de leur efficacité industrielle. L’archipel du soleil levant était alors à son zénith économique –c’était dans les années 80. Aujourd’hui, la nouvelle star de l’électronique grand public a été conçu en Amérique, il est fabriqué en Chine, et avec des pièces qui viennent du monde entier ou presque.

Sony a-t-il trouvé un produit aussi performant pour remplacer son Walkman ?

Le Japonais a bien fabriqué comme tout le monde des baladeurs numériques –mais il est comme tout le monde, et peine donc à trouver sa place. Il a lancé avec succès une console de jeu, la Play station –on en est aujourd’hui à la PS 3– mais la lutte est rude avec Nintendo. Il a aussi lancé le DVD Blue-Ray. Mais il continue à s’accrocher à ses triomphes d’antan. Le plus étonnant avec le Walkman, c’est qu’il ait continué de le vendre jusqu’en 2010. Et il a abandonné les disquettes il y a à peine quelques mois. Dans un monde de l’électronique qui va toujours de plus en plus vite, les mastodontes d’hier deviennent aujourd’hui des entreprises comme les autres. Sony n’est pas le seul. Microsoft semblait hier indéboulonnable : sa place est désormais en question dans une informatique qui migre de plus en plus sur Internet. Les géants du moment, Apple et Google, sont apparemment en béton. Mais eux aussi sont fragiles, sans que l’on puisse dire qui sera le prochain gagnant. Dans cette escalade de l'innovation, Sony sera resté au sommet pendant au moins deux décennies. Et la marque reste tellement puissante que le groupe parvient encore à vendre beaucoup de produits plus chers que ses concurrents.

Derrière la fin un peu triste du Walkman, c’est en réalité une sacrée performance.

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