Par Jean-Marc Vittori.

Sommet européen aujourd'hui pour tenter encore une fois de réparer la zone euro. Pour vous, c'est du théâtre...

Oui, nous allons assister aujourd'hui à une pièce extraordinaire. On connaît le titre : « Il faut sauver la zone euro ». Les acteurs sont eux aussi connus, ils ont déjà joué dans les épisodes précédents : un couple vedette, le président français Nicolas Sarkozy et la chancelière allemande Angela Merkel, avec une foule de seconds rôles comme l'Italien Silvio Berlusconi et les inévitables valets comme le président de la Commission européenne José Manuel Barroso. Le premier acte se joue à Berlin, il se présente plutôt bien : Angela Merkel devrait obtenir l'aval de son Parlement, le Bundestag, pour renforcer le fonds de soutien aux Etats en péril, le parefeu qui ne s'élève pour l'instant qu'à 440 milliards d'euros. Elle aura le droit d'utiliser l'argent pour monter un dispositif d'assurance, qui permettra d'aller au-delà, et puis aussi d'ajouter un nouvel étage en attirant d'hypothétiques capitaux étrangers.

Ca c'est le premier acte. Où se joue le deuxième ?

Eh bien à Rome. Tout le monde craignait pour l'Italie, où le gouvernement semblait sur le point d'exploser sur la réforme des retraites. L'explosion aurait renforcé les doutes sur la capacité de Rome d'honorer sa dette, elle aurait pu faire capoter les efforts des Européens pour tenter de forger une solution. Un accord a été trouvé hier entre la Ligue du nord et le parti de Berlusconi. Reste à savoir s'il tiendra aujourd'hui.

Et après, ça se jouera évidemment à Bruxelles...

Oui, c'est le troisième acte, le plus important. Les chefs d'Etat et de gouvernement vont se retrouver pour mettre la dernière main au plan de sauvetage. Effacer la moitié de la dette grecque, remettre de l'argent dans les banques, consolider le parefeu qui doit empêcher l'incendie grec de gagner ses voisins du sud... Tout est esquissé mais rien n'est joué. Le suspens est total. Jusqu'au dernier moment, un personnage apparemment secondaire peut tout faire rater, sans compter les bisbilles toujours possibles entre Sarkozy et Merkel.

Mais supposons que les Européens parviennent à un accord...

OK, voyons les choses du bon côté. Il y aura alors un épilogue : les investisseurs des marchés financiers seront-ils convaincus, demain, dans une semaine, dans un mois ? Mais pour moi, le plus gros problème est ailleurs. Nous aurions alors une construction complètement baroque. Des Etats, une Commission, une banque centrale, un Fonds européen qui deviendrait un assureur, une caisse pour les investisseurs avec des systèmes de garanties... La bonne image, ici, n'est plus le théâtre mais l'architecture. L'Europe ressemble de plus en plus non à un jardin à la française, non à une construction allemande du Bauhaus mais à la Sagrada Familia, l'église délirante de Barcelone inachevée plus d'un siècle après le début des travaux par le génial architecte Gaudi. On se demande comment tout ça pourra tenir.

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