Je voudrais partir d’un raisonnement qu’on entend souvent.

Les entreprises françaises sacrifieraient leurs investissements sur l’autel des profits versés aux actionnaires. Et ce sous-investissement expliquerait la désindustrialisation, les pertes d’emplois, la faiblesse des exportations. 

Sauf que les industriels investissent en réalité davantage que leurs concurrents de la plupart des pays industrialisés. 

Dans les richesses créées par les entreprises, leur valeur ajoutée comme disent les comptables, la part qui va à l’investissement est un tiers plus élevé en France qu’en Allemagne, en Espagne ou au Royaume-Uni. 

Ce n’est donc pas l’effort des entreprises qui est en cause.

Alors, où est le problème ?

 

C’est simplement qu’on ne voit pas bien à quoi servent ces dizaines de milliards d’euros investis. 

Deux organismes, la très officielle France Stratégie et la très privée Fabrique de l’industrie, vont publier tout à l’heure un rapport passionnant sur le sujet titré « L’investissement des entreprises françaises est-il efficace ? ». 

Ils montrent que les industriels français dépensent moins que les autres pour acheter des machines ou des robots. En revanche, ils sont les champions des achats de logiciels. 

Ils mettent aussi beaucoup d’argent dans ce qu’on appelle l’immatériel, c’est-à-dire la recherche-développement, le marketing, les licences. 

  

 Pourquoi les entreprises achètent-elles des logiciels plutôt que des machines ?

 

Ca paraît un peu bizarre. Il y peut-être des problèmes de mesure différente d’un pays à l’autre. 

Mais les auteurs du rapport avancent une hypothèse intéressante. Les entreprises françaises pourraient bien concevoir des produits en France, d’où toutes les dépenses immatérielles, pour fabriquer à l’étranger, d’où le peu d’achats de machines. 

C’est le modèle Apple, qui écrit sur ses iPhone « conçu en Californie, fabriqué en Chine ». 

Tout ça mériterait un vrai débat public sur l’avenir du « made in France ». 

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