A tour de rôle, plusieurs journaux ne sont pas parus ces derniers jours : Le Figaro , le Journal du Dimanche et, hier, Les Echos . Que se passe-t-il dans la presse écrite ?

C’est un sujet brûlant, sur le plan économique et social, et chaque fois que l’on en parle, on doit normalement être très prudent. Attention, est-on dûment averti, de ne pas mettre de l’huile sur le feu. Concrètement, les journaux ne sont pas distribués parce que la CGT du Livre bloque l’impression ou la sortie des imprimeries. En cause, l’avenir de Presstalis, la messagerie de la presse parisienne, puisque avant la fin de la semaine le tribunal de commerce va se prononcer sur un redressement judiciaire.

Commençons par le début : Presstalis, c’est quoi ?

C’est simple. Les rédactions de journaux rédigent ; les imprimeries impriment et les messageries distribuent les journaux. Presstalis, ex-NMPP, livre 90 quotidiens français ou étrangers et 3.300 magazines à quelque 29.000 points de vente dans toute la France. Au total, presque un milliard d’exemplaires par an ! Une énorme logistique.

Et que se passe-t-il ?

La presse va mal, donc les messageries vont mal. La presse écrite a perdu 20% de ses ventes en kiosque en cinq ans, et la glissade continue. Les lecteurs s’informent de plus en plus sur Internet. Du coup, la distribution, qui a toujours été en difficulté, devient un gouffre financier, et Presstalis envisage un plan de restructuration de 200 millions d’euros avec le licenciement de 1.000 des 2.500 salariés.

Mais cette crise révèle d’autres choses…

C’est le système existant depuis 1947 qui prend eau. Un système qui a donné à n’importe quel magazine l’accès à tous les kiosques de France au même prix, même s’il ne se vend pas. Résultat, les kiosques débordent de titres inconnus. Ensuite, les salariés des messageries parisiennes, où la CGT fait la loi, ont un statut hyper favorable sur les salaires, l’organisation. Un seul exemple de curiosité : un salarié, le pointeur, indique à chaque chauffeur de camion combien il transporte de journaux et son trajet - alors que partout ailleurs l’informatique fait ce travail.

Conséquence ?

Un concurrent qui n’a pas les mêmes coûts, les Messageries lyonnaises, rafle de plus en plus de contrats - celui du Point par exemple - au détriment de Presstalis. Mais le livre parisien CGT, en situation de monopole, récuse toute idée de restructuration. Et bloque, donc, les journaux.

Quels seront les effets de la situation actuelle ?

Le plus étrange est que cela n’étonne plus personne. Chaque jour, les rédactions s’interrogent : ce soir ce sera peut-être notre tour ; surtout chaque fois qu’un lecteur ne trouve pas son journal en kiosque, c’est une invitation à aller le lire sur Internet. Or, pour l’instant, ce sont le « papier » et la publicité qui font encore vivre les grandes rédactions, celles qui ont les moyens d’informer sur ce qui passe dans le monde. On sait les dégâts causés par les dockers à Marseille. Aura-t-on des dockers de la presse qui tuent leur propre métier ? Voilà le sujet. La presse souffre. Inutile de lui tirer dans le dos.

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