Le projet de budget pour2014 adonc été présenté. Vous avez parlé hier de la communication désastreuse sur la pause fiscale, le contexte du budget ; vous évoquez ce matin le texte, son contenu.

Mais il faut rester auparavant une seconde sur le contexte. Parce qu'il est arrivé quelque chose d'assez incroyable hier soir, quand on a appris que le nombre de chômeurs a reculé de 50.000 au mois d'août. Le jour même du budget, le jour où on ne parle que d'impôts, c'est ce qu'on appelle avoir la baraka. Même si les techniciens expliquent que ce sont des non inscriptions et des radiations qui permettent ce chiffre qui reste bizarre (août est quasi toujours un mois de hausse), il est certain que François Hollande va penser qu'il a la baraka. Le 14 juillet, il avait dit : « la reprise est là ». Et L'Insee a annoncé ensuite que la croissance a rebondi au deuxième trimestre. Déjà, ce chiffre surprenait les spécialistes. Avec le chômage, François Hollande va se dire la même chose : j'annonce l'inversion de la courbe du chômage, elle arrive. Cela va le conforter dans l'idée que les choses vont finir par s'arranger.

Ce budget - on y revient - est-il, justement, construit pour que cela aille mieux ?

Écoutez, ce budget est meilleur qu'on ne le dit, mais il l'est moins, qu'il pourrait être. Parce que le gouvernement a une confiance étonnante dans sa bonne étoile. Il croit que ce qu'il a déjà fait suffit. D'abord, le projet de loi de finances est meilleur qu'on ne l'entend, si on oublie le trop plein fiscal, parce que le message d’alarme des entreprises a été entendu. Ensuite parce que le gouvernement assume un discours sur les économies à réaliser dans l'Etat. Ça n’est pas évident à gauche. Enfin, on ne peut pas dire que ce budget soit électoral. Voilà ce que l'on peut noter.

Mais il y a un revers ?

Ce qui frappe, c'est la différence entre ce budget, ce qu'il prévoit, et ce qu'on a vu dans les budgets d'autres pays confrontés à des difficultés économiques - peut-être une différence de muscle et d'ambition. Si on écarte encore une fois le trop d'impôts, la direction prise, des économies dans les dépenses, est nouvelle et les objectifs sont forts (la contrainte la plus importante depuis longtemps). Mais voilà, où sont-elles sans réforme de l'Etat ? Le train de vie des ministères est à l'os et on ne peut plus économiser les gommes et les crayons. Il faut revoir les échelons administratifs, les missions. On ne va pas comparer avec le gouvernement Cameron, qui a supprimé 400.000 postes de fonctionnaires en trois ans. Mais la méthode obstinément gradualiste et optimiste de François Hollande est très atypique en Europe de gauche comme de droite.

Conclusion ?

Le gouvernement a vécu sa première année avec Sartre en tête : « l'enfer, c'est les autres ». Les autres, c'étaient l'Allemagne et Bruxelles mère et père la rigueur, fouettards. Il voudrait mettre sa deuxième année sous le signe de la baraka, remettre son destin dans les mains de la reprise mondiale et des réformes qu’il a déjà faites. Mais croit-il vraiment lui-même qu'elles suffiront ?

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