Le journaliste économique est décédé hier à l'âge de 87 ans.

Un mot pour resituer Jean Boissonnat : il a été pendant des années une des grandes voix du journalisme économique en France, en créant et dirigeant le magazine L’Expansion, puis la Tribune de l’Expansion, et en tenant longtemps une chronique chez nos confrères d’Europe 1 dans les années 1980 et 1990 -au moment où Alain Duhamel y officiait aussi. Il a écrit de nombreux livres jusqu’à il y a une dizaine d’années, on l’a vu à la télévision. Bref, il a été longtemps une référence pour les milieux économiques, voire parfois politiques.

Il a surtout fait profondément évoluer le journalisme économique.

Son nom est associé à la pédagogie et la clarté. Rendre simple les choses sans les simplifier : sur une matière parfois complexe, ce n’est pas évident. Au fond, il a accompagné des générations de cadres dans leur compréhension de l’économie des Trente Glorieuses jusqu’aux crises que l’on connaît bien. Je me souviens d’un éditorial dans Ouest-France quelques semaines après le début du choc financier de 2008, c’était lumineux d’intelligence et sans complaisance, et on peut le relire aujourd’hui : tout ce qu’il faudrait faire y était. Ce n’est pas tout. Il a intéressé le grand public à la micro-économie, à la vie des entreprises, alors qu’un pays comme la France, où tout est perçu sous le prisme politique, pense que la politique économique est l’alpha et l’oméga. Enfin, il a apporté de la crédibilité au journalisme économique. Le premier numéro de l’Expansion mettait en Une une enquête sur la famille Dassault. Marcel Dassault avait essayé d’intervenir, sans succès.

Et sur le plan idéologique ?

Jean Boissonnat était un modéré, un raisonnable, ce qui là encore est très difficile en France, très européen, inspiré par le christianisme, libéral et social, fils d’ouvrier, proche intellectuellement de Jacques Delors et Raymond Barre – absolument pas partisan du marché sans régulation mais écoeuré par l’aventurisme par exemple de 1981. Incarnant au fond ce que pense la majorité silencieuse. Il a inspiré, chacun avec son approche bien sûr, toute une génération de journalistes économiques, qu’on va citer -pour la première fois- Erik Izraelewicz, Jacques Barraux, Vincent Beaufils, Henri Gibier, François Lenglet, Jean-Marc Vittori, Emmanuel Lechypre. Et votre serviteur. C’est à cause de lui-ou grâce à lui- que je suis entré en journalisme économique.

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