La 100ème Ariane 5 s’est envolée cette nuit de Kourou, en Guyane française. Comme l'Europe spatiale, l'Europe en général manque de projets et d'ambitions pour demain.

Le décollage du vol 243 d'Ariane 5 à Kourou le 25 septembre
Le décollage du vol 243 d'Ariane 5 à Kourou le 25 septembre © AFP / jody amiet / AFP

Le vol 243 s'est envolé à 0 h 38 cette nuit avec deux satellites de télécommunication. La première fusée de cette génération avait été lancée il y a vingt-deux ans et là, donc, c’est la centième fois – et le tir a été réussi bravo (à 1 : 05'). Ce n’est pas l’anniversaire qui est intéressant en lui-même, mais il y a je crois dans cet événement une allégorie de l’Europe d’aujourd’hui. 

Si Ariane, qui est un immense succès européen, a dominé le marché mondial des lanceurs pendant des décennies, l’Europe se retrouve maintenant assez désemparée pour l’avenir. Certes, Une Ariane 6, moins chère, va arriver à partir de 2020, mais elle sera proche des précédents modèles, sans révolution technologique. Et au-delà, à dix ans, quel projet dans le spatial ? Rien ou presque - ou en tous cas c'est modeste et tardif. 

Eh bien, c’est tout le problème européen en général. Quel projet à dix ans ? C’est sans doute la première fois depuis 1957 que les gouvernements, le Parlement et les institutions européennes ne peuvent pas dire à leurs opinions publiques : voilà notre grande ambition, notre projet. Il y a eu successivement le marché unique (1986), la libre circulation des personnes (1995), l’euro (1999) et les élargissements (2004). Et maintenant ? Il y a le Brexit (super !), les moyens de sécuriser les 14.000 kms de frontières de l’Union (magnifique !) et des élections dont tout le monde a peur. 

Vous allez me dire : quel rapport avec Ariane ? L’espace pourrait être un projet, on voit que les Américains et les Chinois parlent de vols habités, comme la transition écologique pourrait être un projet mobilisateur. Mais coincée financièrement, tétanisée politiquement, éclatée géographiquement, l’Europe manque d’ambition.

Et pendant ces temps, Space X …

Pendant ce temps, la société d’Elon Musk -qui fabrique aussi les voitures électriques Tesla- a détrôné l’an dernier Ariane en nombre de lancements, pratiquement le double. Space X, on le sait, c’est une prouesse technologique, le lanceur réutilisable à la verticale (ce n’est pas la navette), donc c’est deux fois moins cher ; c’est une part de rêve (envoyer des touristes dans l’espace) ; et c’est surtout un soutien phénoménal du gouvernement américain, militaire et civil. 

Par comparaison, dans le ciel comme sur terre, l’Europe manque singulièrement de projets. Il faut donc aider Ariane davantage.

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  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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