Avec des premières décisions la semaine dernière puis l'université d’été de La Rochelle ce week-end, le gouvernement a vraiment fait sa rentrée. Quel en est l'enjeu économique ?

C'est un enjeu classique après 100 jours de pouvoir, et en même temps très net en ce moment. Cet enjeu, c'est d'arrêter de subordonner l'économie à la politique pour essayer de s’intéresser d'abord à ce qui est bon pour l'économie – sans oublier la politique, ce qui serait idiot. Beaucoup de décisions ont été, depuis deux mois et demi, prises pour prendre le contrepied méticuleux, millimétré voire obsessionnel, de Nicolas Sarkozy ou en fonction des seules promesses politiques. C'est classique : l’été 2007, Sarkozy, lui, avait sorti son chéquier facilement sans penser à la dette. C'est la même chose, sauf que, là, la croissance est à zéro et que le chômage galope. Pour dire les choses autrement, la phase d'atterrissage a commencé, elle n'est pas terminée.

Et où a-t-elle commencé ?

Sur l'Europe, c'est manifeste. Au début, François Hollande a voulu expliquer en gros à l’Allemagne comment il faut faire de la croissance, Paris a noué une alliance de revers avec Madrid et Rome contre Berlin, on a beaucoup susurré que le problème grec était d’abord un problème de diktat allemand, la réalité évidente s’impose. C’est Mario Draghi, le chef de la BCE, qui a évité la crise cet été… Paris et Berlin doivent travailler ensemble et "taper" sur Merkel en attendant sa défaite électorale en 2013 est risqué et renforce le camp anti euro en Allemagne. Depuis jeudi et la rencontre des deux dirigeants à l'Elysée, la tonalité n’est plus la même.

L’économie avant la politique… Quoi encore ?

L'autre atterrissage, ce n'est pas la peine d'épiloguer, a eu lieu sur le prix de l’essence. Le blocage des prix pendant l'été, s’est transformé en mesure, je cite, provisoire et modeste. Au passage, supprimer les heures sup défiscalisées des ouvriers et des enseignants tout en baissant de un, deux ou cinq centimes le prix de l’essence pour tout le monde est original. Et pour les sujets qui sont devant nous ?

Il y aura la question des gaz de schiste. François Hollande devra trancher entre ceux qui ne veulent ni exploitation ni exploration, et Arnaud Montebourg, à l'Industrie, qui aimerait au moins explorer et le sujet et le sous-sol. Et puis bien sûr, il y a la question fiscale, le durcissement de l'ISF, la taxation des plus aisés. Quels sont risques économiques, pour les entreprises familiales quand on veut taxer les biens professionnels que François Mitterrand avait exonérés en 1981, quels risques avec des dirigeants taxés à 75 %? Voilà un sujet d’articulation entre l’économique et le politique. On en reparlera dans le détail.

Au-delà, ce qui frappe, c’est qu’on a l’impression que, pour le gouvernement, la politique économique se résume à la baisse du déficit, la hausse des impôts et aux créations d’emplois aidés dans la sphère publique. Quid du fonctionnement du marché du travail, des services, de l’innovation, du taux de marge des entreprises qui ne cesse de baisser ? Mystère. Le problème, ce serait d’avoir une conception étriquée de la politique économique – très XXème siècle.

En clair, il n'y a pas que les impôts dans la vie ?! Il y a surtout que le pouvoir sera jugé, en économie, autant sur ce qu’il ne fera pas que sur ce qu’il fera.

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