Vous revenez sur le coup de théâtre intervenu hier sur les retraites : le patronat est sorti content de Matignon ! Le gouvernement lui aurait promis une baisse du coût du travail.

Oui, et on a envie de dire à la fois à François Hollande : « chapeau l'artiste » et il reste beaucoup de brouillard à lever - si vous voulez, il y a du flou qui cache peut-être des loups. Ce qui est sûr, c'est que François Hollande aime surprendre. Souvenez-vous : il y a un an, il avait surpris tout le monde avec son plan de 20 milliards pour la compétitivité des entreprises, personne n'aurait parié un kopeck sur un montant pareil. Souvenez-vous : au printemps, tout le monde croyait à la taxation des allocations familiales, finalement, c'est la baisse du quotient familial qui était sorti du chapeau. Eh bien hier, le Medef s'attendait à ce qu'on lui annonce une hausse des cotisations sociales pour financer les retraites, les petits patrons de la CGPME se préparaient à manifester. Mais voilà, Jean-Marc Ayrault leur a dit : non seulement, il n'y aura pas de hausse du coût du travail, mais il y aura peut-être une baisse. Abracadabra.

Comment est-ce possible ?

Le schéma qui tourne est une baisse des cotisations payées par les entreprises pour la branche famille, baisse plus forte que la hausse des cotisations retraites. On parle de milliards d'euros. À ce stade, on ne sait rien de plus, mais c'est politiquement malin, parce que cette promesse désamorcerait la colère des entreprises. Le gouvernement avait déjà désamorcé une grosse colère des syndicats en excluant de bouger l'âge de départ à la retraite. Sur le plan économique, l'idée est vertueuse. Le fameux CICE n'a pas réglé tout le problème du coût du travail, les taux de marge sont au plus bas, et le gouvernement montrerait qu'il entend le message des petits patrons.

Mais il y a du flou et peut-être un loup ?

Il y a même trois loups à surveiller. Le premier tombe sous le sens : qui va payer ? Si les entreprises y gagnent, les ménages y perdront, et donc le pouvoir d'achat. CQFD. Le gouvernement va-t-il inventer la CSG sociale après avoir combattu la TVA sociale ? Le deuxième loup est plus de fond. Dans cette affaire des retraites, on ne parle que de prélèvements en plus, en moins. Tout le reste est passé à la trappe - sauf la pénibilité. Or, les économies, pardon d'être trivial, existent : il y a par exemple près de dix ans d'écart entre l'âge de la retraite d'un agent de la RATP et d'un salarié du privé ; une infirmière à l'hôpital peut partir à 57 ans, une autre d'une clinique ou libéral devra attendre 62... La réforme des retraites, cela n'aurait pas dû être seulement une question de tuyauteries. Le 3ème loup a une odeur politique : ce coup de théâtre est-il sérieux ou un rideau de fumée ou un trompe l'œil ? Bref, la promesse d'une baisse des charges des entreprises est-elle sérieuse ou pas ? On saura vite ce coup de théâtre assurément malin rime avec bien ou rien !

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