Vous évoquez ce matin une autre campagne présidentielle que celle qui mène à l’Elysée : celle qui conduit à l’élection du président du Medef.Avec ce qui est une quasi-certitude depuis quelques jours : Laurence Parisot, la présidente de la principale organisation patronale, sera probablement la seule candidate à sa succession le 1er juillet prochain. Elue en 2005, elle sollicitera un nouveau mandat, de trois ans cette fois. Et elle sera – sauf coup de théâtre –la seule candidate parce que tous ceux dont les noms avaient circulé se sont désistés. D’abord ceux qui ont rêvé du poste sans passer à l’acte : Xavier Fontanet, le patron d’Essilor, le leader mondial des verres ophtalmiques, et Denis Kessler, le patron du réassureur Scor. Ensuite, celui qui y est presque allé : Geoffroy Roux de Bézieu, le dirigeant de Virgin Mobile et de l’Unedic, l’organisme d’assurance chômage. Enfin, ceux qui y sont allés avant de caler : Thibaut Lanxade, un jeune patron de PME, et Sophie de Menthon, la fondatrice d’un cercle patronal de réflexion, Ethic, qui n’avait, elle, qu’un problème : elle n’avait pas réglé à temps sa cotisation ! Et voilà comment Laurence Parisot se retrouve seule en lice à cinq jours de la clôture, samedi, des candidatures. C’est une bonne nouvelle pour elle, mais en est-ce une pour le Medef ?Pour le jeu démocratique, on peut regretter qu’il n’y ait qu’un seul candidat à la tête d’une organisation qui a un rôle clé dans le paysage économique et social français. Face à cela, deux analyses sont possibles. La première est de se dire que c’est une tradition, notamment pour un deuxième mandat. Ernest-Antoine Seillière, en 2002, n’avait personne en face de lui. Les entreprises de terrain sont légitimistes et la base suit les fédérations. C’est ce qui a fait renoncer les autres prétendants. La seconde analyse est plus subtile. L’Union des industries, l’UIMM, qui a reconquis une part de sa crédibilité détruite par le scandale de la fameuse « cagnotte » de 600 millions d’euros, mais qui est en froid avec une Laurence Parisot soutenue par le secteur des services, a hésité à présenter un candidat. Elle a apparemment décidé d’éviter un choc frontal et se prépare plutôt pour l’élection de 2013. Ça, c’est la cuisine ! Y aura-t-il une campagne interne ? Pour l’anecdote, Laurence Parisot a ouvert un blog en mars mais elle n’a déposé pour l’instant qu’un seul billet… Sur le fond, ce n’est pas encore le moment de dresser un bilan ; mais disons que son arrivée à la tête du Medef - très jeune, elle a 50 ans, la première femme -, avait fait naître de très fortes espérances. Il n’y a pas eu de révolution. D’abord parce que comme pour Nicolas Sarkozy, la crise est passée par là, mais ce n’est pas tout. Laurence Parisot, à son actif, a de fortes intuitions et une farouche volonté de réconcilier les Français et les entreprises. D’où des initiatives sur les rémunérations, la place des femmes dans les conseils d’administration. Sa priorité pendant cinq ans a été l’opinion et les entreprises n’ont pas été trop des boucs émissaires dans la crise – ce qui est beaucoup. En face, il y a une question : le Medef pèse-t-il autant qu’il le devrait ? Et Il y a d’autres aspects moins réussis : une gouvernance centralisée et des relations distendues ou tendues, c’est selon, avec les syndicats (malgré des accords signés avec eux), et avec le gouvernement qui – pour dire les choses simplement – se réveille davantage le matin avec l’envie de savoir ce que vont dire et faire la CGT et la CFDT que le Medef. C’est frais aussi avec l’Elysée, qui en veut toujours au Medef de ne pas avoir été soutenu sur la réforme de la taxe professionnelle où des milliards d’euros ont été donnés aux entreprises qui les réclamaient depuis trente ans. Une élection sans enjeu, alors ?Non, sûrement pas ! Mais une élection qui confirme quand même - plus globalement - l’affaiblissement des corps intermédiaires dans la société française.

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