Hier, Nicolas Sarkozy et Silvio Berlusconi n’ont pas seulement parlé de Schengen, des immigrés tunisiens et de l’OPA du français Lactalis sur l’italien Parmalat.

Non, effectivement. Ils ont parlé d’une succession importante, celle de Jean-Claude Trichet à la Banque centrale européenne, la BCE, qui surveille notre espace monétaire de 17 pays et 330 millions d’habitants. Pour la première fois, Nicolas Sarkozy a officiellement soutenu la candidature d’un Italien, Mario Draghi, pour remplacer Trichet, dont le mandat expire en novembre après huit ans de bons et loyaux services. Vous vous souvenez qu’en janvier, une bagarre s’annonçait entre Paris et Berlin. Angela Merkel appuyait la candidature d’un Allemand, Axel Weber. Mais celui-ci a renoncé. Et du coup, c’est l’Italien qui est en pole position. La chancelière n’a pas encore donné son quitus formel, mais son ministre des Finances, si. Le gouvernement allemand veut encore tester son opinion publique –la BCE présidée par quelqu’un du "Club Med", d’un pays du sud, pas facile à digérer.

S’il se confirme, est-ce un bon compromis ? Plutôt, oui. La première raison est que la décision finale sera prise en juin mais c’est une bonne chose de ne pas faire traîner le processus. La seconde, sur le fond, est que Draghi a un bon profil, un bon CV. C’est un économiste, longtemps directeur général du ministère du Trésor à Rome, qui est depuis 2006 gouverneur de la Banque d’Italie. Il préside surtout le conseil de stabilité financière, instance du G20 qui coordonne le travail des gendarmes nationaux en matière de monnaie, de crédit, d'assurance et de bourse. Il a donc une compétence technique évidente et une forte notoriété. Maintenant, pour dire les choses plus crûment, l’idée qu’un Allemand préside la BCE à Francfort faisait craindre le retour de la Bundesbank.

Donc, pas de réserves ? L’opinion allemande va tousser. Le tabloïd Bild s’étranglait il y a peu à l’idée que le gardien de l’euro puisse venir d’un pays endetté où "l’inflation est un mode de vie, comme la sauce tomate sur les pâtes". Titre de Une : "Mamma mia !". Les Allemands ont déjà mis la main au portefeuille pour la Grèce, l’Irlande, le Portugal –ça leur suffit. Draghi sera-t-il rigoureux ? C’est la question allemande. A l’Elysée ou à Bercy, l’inquiétude vient d’ailleurs. Mario Draghi a été un temps le patron européen de la tentaculaire banque d’affaires américaine Goldman Sachs. Traduction : il a l’esprit anglo-saxon. Notamment sur les questions de régulation ou de bonus. Et d’ailleurs la presse anglo-saxonne le soutient à fond. C’est suspect... Une blague court sur lui : quand Draghi est aux Etats-Unis, il rêve d’Europe ; mais quand il revient ici, il ne rêve que de repartir là-bas.

Mais qu’est ce qui compte, l’homme ou la politique ? Vaste question ! Le mandat de la BCE est clair : la stabilité des prix. Mais Jean-Claude Trichet a montré qu’elle savait être souple et qu’il pouvait aussi bien dire "oui" que "non" aux marchés et aux gouvernements. La vraie inconnue sera de savoir –si c’est lui– si Mario Draghi aura une et quelle sera sa colonne vertébrale. Il ne faut pas qu’un candidat de compromis le soit parce qu’il arrange tout le monde, en clair parce qu’il ne gêne personne –on l’a trop vu dans les nominations européennes récentes. "Il a une colonne vertébrale, mais elle est souple", s’amusait hier soir un des plus hauts responsables économiques français.

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