Par Arnaud Le Gal.

Le sujet éco de ce début de semaine, c’est le conseil de défense qui aura lieu mercredi, et la tension sur les crédits militaires.

C’est un effet induit des récents attentats et des tensions géopolitiques qui valent aux soldats français d’être engagés sur de nombreux terrains d’interventions. Bercy et le ministère de la Défense se livrent un bras de fer budgétaire, que l’on peut résumer en un chiffre : 18.500. Le nombre de postes que l’Armée juge indispensable de sauver pour durablement remplir ses missions. Les opérations extérieures et sur le territoire national l’opération Sentinelle, la protection des lieux sensibles, effort dont ni l’ampleur, ni surtout la durée n’avaient été anticipées.

C’est pour cette raison que dès la fin janvier, François Hollande avait allégé le plan social des armées en sauvant 7 500 des 34 000 postes dont la suppression était prévue dans la loi de programmation militaire. De fait, cela ne suffit pas. Le lifting de cette loi va donc être au cœur du Conseil de défense de mercredi. Pour un choix politique qu’un proche du dossier qualifie de « difficile, mais lourd de conséquence ».

Deux piliers du gouvernement se retrouvent ainsi face à face…

Oui, François Hollande, dont on sait le peu de goût pour les conflits entre des membres de sa garde rapprochée, va devoir arbitrer entre deux poids lourds de l’exécutif : Jean-Yves Le Drian, pour la Défense, et Michel Sapin aux Finances. Le premier assume sans fléchir son rôle de défenseur des armées. Notamment sur les effectifs, où la mécanique est implacable : à chaque fois qu’un soldat est déployé, celui qui l’a précédé repart à l’entraînement, tandis qu’un troisième se prépare à prendre la relève. D’où ces fameux 18.500 postes à sauver, selon les Armées. Et aussi d’autres surcoûts à anticiper : l’usure de matériels utilisés à l’extrême et la nécessité d’investir davantage dans la cyber-défense, les avions de transports ou encore des drones…. Selon les schémas présentés au chef de l’Etat, ce sont de 5 à 10 milliards d’euros qu’il faudrait consacrer à tout cela d’ici 2019. Pas du goût de Michel Sapin : il refuse d’ouvrir en grand les vannes des crédits budgétaires, car cela reviendrait à mettre plus de pression sur les autres ministères.

Comment l’exécutif peut-il s’en sortir?

C’est tout l’enjeu des réunions qui se déroulent ces jours-ci. Bercy voudrait financer ces surcoûts en misant sur les gains de pouvoir d'achat liées à l’inflation faible et la baisse des prix des carburants. La Défense n’y croit pas. Les têtes pensantes et « calculantes » de l’exécutif vont devoir tourner à plein régime pour tenter d’aboutir à une solution acceptable d’ici mercredi, avec derrière la perspective de présenter mi-juillet une loi de programmation militaire revisitée.

Au-delà, c’est l’objectif de stabiliser les effectifs de l’Etat qui s’annonce de plus en plus difficile à tenir. La réduction des effectifs des armées était l’un des principaux leviers pour compenser la création d’emplois dans les autres ministères, en particulier l’Education. Mais si, sécurité oblige, la Défense n’est plus la variable d’ajustement, il va bien falloir en chercher ailleurs. Car l’exécutif a cet autre impératif sur lequel il n’est pour l’instant pas question de fléchir : réaliser 50 milliards d’économies d’ici à 2017.

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