Whirlpool, sous l’angle économique. Pourquoi cette fermeture à Amiens ?

Sur Whirlpool comme sur tous les dossiers industriels précis, l’éditorialiste est souvent embarrassé. Pourquoi ? Parce qu’il n’y aurait pas plus de sens pour lui de dire qu’une entreprise a toujours raison ou qu’elle a toujours tort quand elle prend telle ou telle décision. Il n’est pas davantage possible non plus de dire que l’État ne peut rien faire ou qu’il peut tout faire. Dans le dossier Whirlpool comme beaucoup d’autres, ce sont les journalistes de terrain qui en savent le plus mais eux non plus n’ont pas en mains toutes les clés des décisions prises. Quand Whirlpool a conclu un accord sur la renégociation du temps de travail, l’entreprise pensait-elle de bonne foi qu’elle resterait en France ou préparait-elle déjà son départ ? Le processus de décision qui a conduit à la fermeture et au transfert de l’activité en Pologne a-t-il été de nature économique ou aussi pour améliorer à un moment précis le profil financier du groupe américain ? Bref, on en sait moins sur les entreprises que sur d’autres acteurs publics, c’est à la fois normal et cela alimente les suspicions.

Mais on sait quand même un certain nombre de choses, non ?

Oui. Soyons concret. Ces cinq dernières années, Whirlpool a investi 40 millions d’euros dans la modernisation de l’usine d’Amiens. Le groupe rêvait d’en faire un pôle européen d’excellence du sèche-linge. Mais hélas, un modèle innovant n’a pas marché, il ne répondait pas aux normes de qualité énergétique. Un flop industriel. L’autre élément est lié à la vie des affaires : Whirlpool, en 2015, a racheté un autre fabricant connu d’électroménager, Indesit, qui avait déjà une quinzaine d’usines, en Italie, en Turquie, en Russie et Pologne – à Lodz, justement, où Whirlpool emploie 1.200 personnes pour fabriquer des cuisinières et des fours. La décision a été prise d’y déplacer les sèche-linges. Où veut-on en venir ? Il y a les flops, il y a la vie des affaires, il y a la concurrence en Europe -et les salariés sont des victimes mais les consommateurs en sont les gagnants- mais la question est aussi de se demander pourquoi certains pays, les Pays-Bas, l’Allemagne, l’Autriche, dans le même contexte européen et de mondialisation, ont perdu moins d’industries.

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