Le nombre des demandeurs d’emploi a atteint 2 millions 844.000 en novembre. +30.000 en un mois, la faute à la crise. Ca va continuer ?

Hélas oui. Entre la dinde et le champagne, entre les bilans et les perspectives, il y a toujours ce satané chiffre du chômage qui tombe en fin de mois. Celui de novembre est pire que celui d’octobre, et sans doute moins pire que celui de décembre. Depuis la rentrée, on compte chaque jour 1.000 chômeurs de plus. Les jeunes, plutôt préservés jusqu’à maintenant, commencent à trinquer. Et dans des régions un peu fragiles, comme l’Aquitaine, la Champagne-Ardenne ou le Languedoc, la hausse atteint près de 10% en un an. Aucune raison hélas d’espérer une inversion de la courbe dans les prochains mois. Vous l’avez dit, c’est la faute à la crise. Le crédit n’est plus ce qu’il était, les consommateurs surveillent leurs dépenses, les entreprises serrent la vis. On risque donc de dépasser l’an prochain 3 millions de demandeurs d’emploi et 10% de chômeurs pour la première fois depuis douze ans. Mais pourtant, en Allemagne, il y a moins de chômeurs…

Vous avez tout à fait raison. De l’autre côté du Rhin, il y en a seulement cinq et demi pour cent. Ca me rappelle une expression entendue en Côte d’Ivoire. Quand j’y ai vécu il y a déjà un certain temps, les gens qui n’avaient plus d’argent disaient : « ah, là, je suis conjoncturé ». Or la France et l’Allemagne n’ont pas une conjoncture très différente, elle est juste un peu meilleure en ce moment chez nos voisins. La différence vient donc du fait que nous ne sommes pas structurés pareils. Les Allemands ont par exemple l’habitude du dialogue social. Quand ça va mal dans une entreprise, la direction et le syndicat parlent ensemble pour voir comment on peut faire pour passer le cap, en faisant du chômage partiel, en réduisant provisoirement les salaires. En France, c’est rarissime. Et puis chez nous, on taxe beaucoup le travail.

Au-delà de ces histoires d’argent, est-ce qu’on peut agir contre le chômage ?

Il y a plein de choses à faire et j’espère qu’on en parlera lors de la conférence de l’emploi prévu le 18 janvier. On peut rapprocher l’école et l’entreprise pour que les jeunes soient mieux préparés au monde du travail. On peut ouvrir des secteurs protégés de la concurrence comme les chauffeurs de taxi ou les commerces. On peut aussi simplifier. Le code du Travail fait 1.500 pages et personne ne s’y retrouve. Si un homme politique pense que c'est un problème secondaire, il devrait être astreint à embaucher quelqu’un quelques heures par semaine, à remplir lui-même chaque mois la fiche de paie et à envoyer les déclarations Urssaf et les cotisations sociales avant la date limite. Il découvrira alors un incroyable labyrinthe de paperasse. Lutter contre le chômage, ce n’est pas seulement faire de grands discours ou déplacer des milliards, c’est aussi faire que le travail soit quelque chose de simple et de naturel.

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