L'édito éco de François Vidal, rédacteur en chef aux Echos

La pénurie immobilière s’aggrave en France. Hier on a appris que la baisse des mises en chantier de nouveaux logements s’était encore accélérée depuis la rentrée.

C’est à croire que le marché de l’immobilier français échappe aux lois fondamentales de l’économie, Bruno. Je ne veux pas assommer nos auditeurs avec un cours d’économie à 7 heures du matin, mais en théorie, plus il y a d’acheteurs pour un objet ou un service, plus il y a de monde pour le produire, ce qui en fait baisser le prix. Sur le marché du logement hexagonal, c’est exactement le contraire qui se passe. Plus la demande d’habitations augmente, moins on en construit, et plus le prix du mètre carré flambe. En clair, la pénurie alimente la pénurie. Les statistiques publiées hier en témoignent. Alors que l’on estime à 500.000 le besoin annuel de logements neufs, on devrait en avoir mis moins de 300.000 en chantier cette année. Un point bas qui sera sans doute dépassé dès 2013. Résultat, le déficit de logements estimé autour d’un million dans le pays va continuer de se creuser. La crise immobilière a donc de beaux jours devant elle... D’autant que l’ancien lui aussi est grippé. C’est ainsi l’ensemble du marché qui est comme pris par les glaces : les loyers et prix d’achat se figeant à des niveaux élevés, tandis que l’offre, elle, se tarit.

Comment expliquer cette pénurie ?

Le plus gênant dans cette affaire, c’est que les causes n’ont rien de très mystérieux. Si l’on met de côté les effets de la crise économique, elles sont principalement au nombre de trois. D’abord, tout le secteur est trop dépendant des avantages fiscaux. Une dépendance forcément dévastatrice en période de disette budgétaire. Ensuite, les terrains sont à la fois trop rares et trop chers. Ce qui limite la capacité de production des promoteurs. Au cours des dix dernières années, le prix du foncier a ainsi été multiplié entre 3 et 6 fois selon les régions. Enfin, troisième et dernière cause, le fait que le dépôt de recours en justice contre les permis de construire soit devenu un sport national. Ce qui rallonge considérablement les délais de construction. En Ile-de-France par exemple, il peut s’écouler 4 ans entre l’obtention du permis et la construction effective des logements. Résultat, les prix du neuf sont pris dans une spirale inflationniste sans rapport avec l’état réel du marché et de ses besoins. Et, sans rapport non plus, avec les moyens d’un nombre croissant de Français.

Comment sortir de cette impasse ?

En s’attaquant à ces freins de toute urgence. Mais on n’en prend pas vraiment le chemin. En dépit des déclarations très volontaristes du candidat Hollande sur le sujet lors de la campagne présidentielle, le gouvernement n’a pas l’air pressé de se saisir du problème. Les quelques mesures annoncées à la rentrée par le ministère du logement ne doivent pas faire illusion. Sur le fond, elles ne changeront rien. Il faut dire que la remise à plat de l’ensemble de la filière immobilière nécessiterait pas mal de courage politique. Elle devrait entre autres prévoir une refonte du code de l’urbanisme et une réduction drastique des pouvoirs des maires en la matière. Autant de sujets potentiellement explosifs dans une période qui n’en manque déjà pas. Mais c’est le prix à payer pour doter le pays d’une politique du logement digne de ce nom.

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