vous revenez sur les chiffres du chômage publiés vendredi, pour vous pencher sur ce qu’ils cachent.

On pourrait y revenir pour commenter le chiffre mensuel lui-même – plus 14.300 demandeurs d’emploi. Ou on pourrait y revenir pour constater que les socialistes sont, en fin de quinquennat, en train de gagner la bataille sur le chiffre du chômage, comme ils avaient gagné au début celle sur le paquet fiscal. Ils martèlent l’idée, un peu abusive, d’une hausse de un million de demandeurs d’emploi en cinq ans, en additionnant ceux qui sont totalement sans emploi et ceux qui sont à temps partiel. En 2007, souvenez-vous, ils avaient mis la défiscalisation des heures supplémentaires et le bouclier fiscal dans le même sac des cadeaux aux riches. Tout çà n’est pas très rigoureux mais, reconnaissons le, c’est bien joué ! Cela étant, non, l’information la plus intéressante vient d’une étude de l’Insee qui a eu finalement trop peu d’écho. Etude qui montre qu’un Français actif sur deux de moins de 50 ans a déjà connu le chômage dans sa vie. A ma connaissance, cette photographie n’était pas connue.

Et qu’apporte cette photo ?

Elle met en évidence le bouleversement profond du marché du travail. 47,5% des actifs de moins de cinquante ans, c’est-à-dire nés dans et après les années 1960, ont déjà connu le chômage, un sur quatre le chômage de longue durée ; deux ou trois générations avant, ils n’étaient que 13% dans ce cas... Mais ce que cette grosse enquête ne dit curieusement pas est que la proportion de ceux qui ont connu le chômage est encore plus élevée qu’un sur deux dans le secteur privé, puisque ont aussi été interrogé les fonctionnaires et les salariés d’EDF, de La Poste etc., qui ne sont pas vraiment touchés. La vie professionnelle, on le mesure concrètement, ce sont désormais des allers-et-retours pour presque tout le monde.

Il y a une autre leçon à tirer de ces informations…

Quand on y pense, on s’aperçoit que l’on dispose de peu d’éléments chiffrés sur le chômage, bien moins que sur les revenus ou les impôts. Les publications de Pôle emploi sont trop rares, au-delà des chiffres basiques. Elles permettraient pourtant de confirmer ou de démentir, par exemple, ce que l’on entend sur les faux chômeurs - sujet constant de polémique dans le débat politique et, disons-le, dans la société. Ainsi, connaître la proportion de chômeurs qui reprennent un travail juste avant l’extinction de leurs indemnités permettrait de mesurer l’énergie consacrée à retrouver un emploi au fil du temps. Certains voient à l’évidence les Assedic non pas comme une assurance contre un risque mais comme un droit de tirage, sur le principe de : j’ai cotisé, j’y ai droit.

Pour rester sur cet exemple, la publication d’éléments chiffrés validerait ou infirmerait les idées reçues ?

C’est à voir, mais ce que je peux dire, c’est qu’il semblerait - selon des informations « tombées du camion » - que 170 chômeurs ont touché depuis deux ans le maximum des indemnités chômage - 6.000 euros par mois - mais que les deux tiers ont repris un emploi pile poil quand ces indemnités ont été coupées. On le voit, plus de transparence est nécessaire.

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