Arnaud Montebourg est reparti au feu hier avec des déclarations ciblant Angela Merkel. C’est une nouvelle croisade ? Une nouvelle croisade, je ne sais pas. Mais une nouvelle étape avec une prise de position assumée dans le débat en cours au gouvernement sur la politique économique. Et donc ce n'est pas un hasard. Pendant quelques mois, on a d'abord eu le Montebourg saison 1 : les charges contre PSA Peugeot Citroën ou Mittal, puis, on a eu le Montebourg saison 2, plus calme, discret, incitant même les salariés de Renault à signer l'accord social gelant leurs salaires; voilà on a maintenant le Montebourg saison 3 ...Avec quoi au programme ? Hier, il a violemment critiqué le niveau de l'euro et assuré que les Italiens, en votant, ont sanctionné la politique économique dictée par l'Allemagne ; il a réclamé une politisation de l'euro et un financement des dettes publiques par la Banque centrale européenne. Vous voyez, chacune de ses déclarations peut rester en travers de la gorge des Allemands, de la BCE, et faire tousser une partie du gouvernement. Des vraies lignes rouges.Mais sur le fond a-t-il tort ? Disons qu'il a un raison d'exercer un droit au débat, il n'y a pas de tabou à avoir sur l'Europe, sur l'Allemagne ou le niveau de l'euro ; le débat sur le rythme de la rigueur est lui aussi ouvert, on l'a dit ici souvent sur l'Espagne, on peut le dire sur l'Italie. Je sens qu'arrive un : "en revanche" ... Oui, en revanche, ce genre de déclaration relève aussi largement du populisme. Dire que les difficultés de l'Italie ou l'euro sont "dictées" (diktat si on traduit bien) par Berlin est un procès d'intention, pas une démonstration, une facilité, pas une vérité. Un État déliquescent, un système institutionnel absurde, une dette à 120% du PIB, des marchés qui n'avaient plus confiance dans les politiques, ce n'est pas l'Allemagne ! Qu'un ministre puisse dire cela sans réaction est insensé. Quant à l'effacement de la dette par la planche à billets, il est interdit par les Traités que la France a signés. La BCE s'en écarte peu à peu d'ailleurs et c'est tant mieux. Agiter des chiffons rouges ne sert à rien.Mais la charge d'Arnaud Montebourg reflète aussi des débats au sein du gouvernement ... Exactement. Le ministre du Redressement productif voudrait être le porte-flamme de ceux qui n'osent pas le dire haut et fort comme lui mais voudraient un peu moins de rigueur en 2014, contrairement aux ministres de Bercy. Et l'argument, c'est : pour demander moins aux Français, demandons plus à l'Europe. Il y a un vrai débat sur les impôts, les économies dans les dépenses et des proches de François Hollande comme Stéphane Le Foll lui disent aussi d'être prudent. Ce débat, non tranché, va durer.Ce faisant, Arnaud Montebourg évente un secret ... Il met en évidence le fait que la France n'a rien obtenu sur la croissance de la part de l'Europe, contrairement à ce que dit et répète François Hollande. Comme les rasoirs, c'est une prise de position à double lame.

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