Ce matin : les syndicats et Macron sur le mode du « je ne t’aime pas, moi non plus ».

Oui, ou pour le dire autrement : c’est la 1ère fois qu’un président ne se cherche pas d’allié dans les rangs syndicaux. Cela se voit sur la SNCF, et Les Echos publie une interview de Laurent Berger, de la CFDT, qui définit ainsi la méthode Macron : "vous discutez, et je tranche". Mais cela se voit sur la plupart des sujets. Le gouvernement se moque de faire monter à bord tel ou tel syndicat. Si certains disent OK sur les ordonnances travail, comme Force ouvrière, tant mieux, mais ce n’est pas l’essentiel. De même, sur la formation professionnelle, Muriel Pénicaud, ministre du Travail, critique vertement l’accord patronat-syndicats. 

Pourquoi ce désintérêt ? Le président considère que les syndicats, comme les partis (et les médias), appartiennent au vieux monde, immobile et conservateur. Plus fondamentalement, il dit aux syndicats et au patronat : négociez autant que vous voulez dans les entreprises là vous êtes les plus légitimes, mais sur ce qui est général, c’est l’Etat le patron. Thierry Pech (Terra Nova) résume : il veut mettre du contrat là où il y a trop de lois (l’entreprise) et plus d’Etat là où il y a  trop de paritarisme à ses yeux, comme l’assurance-chômage.

C’est une erreur ?

C’est en tous cas une première. Le tandem Jospin-Aubry a mis en place les 35 heures à la sauce CGT, Chirac-Raffarin ont discuté avec la CFDT sur les retraites, Sarkozy voyait Bernard Thibaut en allié objectif et Hollande a traité avec la CFDT pour amodier la loi El Khomri. En bonne logique de vieille politique, les anciens présidents divisaient pour régner. Là, rien de tel. 

Ce qui est vrai est que la légitimité présidentielle est bien supérieure à la légitimité syndicale si on regarde le nombre d’électeurs et surtout si le programme était sur la table -ce qui est le cas cette fois-ci. Quand la CGT menace dès hier soir d’un mois de grève à la SNCF, quelle est sa légitimité pour le faire sinon la loi du blocage ? Faible. 

Ce qui est vrai aussi est que passer des deals est coûteux. Les agents de conduite de la SNCF sont partis en retraite à 52,6 ans en moyenne en 2014, après trois réformes des retraites ! 

Mais il paraît difficile de se passer durablement et sur trop de sujets des corps intermédiaires. Emmanuel Macron n’a vu en tête à tête que deux fois les leaders syndicaux depuis huit mois. On peut juger nécessaire la réforme de la SNCF et penser que ce n’est pas assez.

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