Decathlon a renoncé hier à vendre un hijab de course en France après plusieurs heures de polémiques. Les avis sont très partagés. Le débat pose la question de l'attitude des entreprises face aux enjeux sociétaux.

Suite à la polémique, Decathlon a renoncé mardi 26 février 20149 à vendre un hijab de course en France
Suite à la polémique, Decathlon a renoncé mardi 26 février 20149 à vendre un hijab de course en France © AFP / Baziz Chibane

Decathlon a renoncé mardi soir à vendre le hijab de running (destiné initialement au Maroc) sous la menace d’un boycott, sous la pression de voix politiques dont celle d'Agnès Buzyn (ministre de la Santé et des Solidarités). On ne rentrera pas ici dans la polémique aussi étrange voire stupide que celle du burkini en son temps sur le droit ou pas de porter un voile en courant. 

Hier soir, le Washington Post a dit ce qu’il fallait avec un article qui se gausse de ces débats kleenex dont nous avons coutume. Le Post rappelle qu’à la cérémonie des Oscars dimanche Nike a diffusé une publicité où l’on voit l’escrimeuse Ibtihaj Muhammad, la première athlète américaine avec un hijab, c’était aux JO de Rio en 2016. 

Quitte à me hisser au-dessus de ma condition d'éditorialiste économique, je dirais que l’on parle d’adultes (pas du voile à l’école) et que ce genre de polémique victimise à peu de frais ceux qui portent le voile - et est instrumentalisée à l'extrême-droite. 

Il est vrai que d'autres arguments, dans l'autre sens, méritent d'être entendus : des jeunes élevés dans les écoles de la République, qui pourraient courir cheveux au vent, sont-ils (elles en l'occurrence) entravés par un choix de pratique rigoriste ? Des milliers de musulmanes ne se voilent pas ne concilient-ils pas sport et religion ? 

Mais le point intéressant est aussi de réfléchir au rôle des entreprises. On les voit sensibles, de plus en plus, à l’opinion publique, on voit que les campagnes sur les réseaux sociaux se multiplient, elles doivent en tenir compte. 

La question leur est posée : doivent-elles être dans une pure logique d’entreprise (il y a un marché du hijab comme il y a un marché pour les produits trop sucrés mauvais pour la santé ou pour les grosses voitures qui polluent beaucoup, il faut y être) ou doivent-elles avoir une logique éthique à définir ?  

Et dans le cas Décathlon, cela donne quoi ?

La marque est une militante acharnée du sport, on doit tous en faire pour notre santé, c’est convivial, c’est libérateur. De ce point de vue, vendre des hijabs en France aide à l’émancipation sportive de toutes les femmes. C’était (au-delà du vrai aspect business) l’éthique de Décathlon. 

Mais ce n’est pas cela qui a été compris, certains commentaires voyant même dans la marque un promoteur de l’apartheid sexuel -rien que cela. Donc, Decathlon a jeté l'éponge. 

L'élément nouveau est que jusqu’à présent, l’opinion pesait sur les entreprises sur les questions environnementales et de santé. Elles doivent s’habituer à ce que cela déborde de plus en plus sur d’autres sujets sociétaux. 

C’est l’occasion pour elles de se poser la question de leur raison d’être, de leur raison sociale au sens vrai du mot. Puisque que l’entreprise est une personne morale, quelle est sa morale ?

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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