Le bilan annuel du chômage a vu ses résultats publiés hier soir. Et les chiffres sont mauvais !

Mauvais est le mot, c’est une douche froide : le nombre de chômeurs inscrits à Pôle Emploi a augmenté –selon les chiffrages, mais on va y revenir– d’environ 30.000 en décembre et de beaucoup, beaucoup plus sur l’ensemble de 2010. C’est très décevant en année de reprise. C’est vrai, même si l’on sait que le décalage entre croissance et baisse du chômage est fort en France, où la population active grimpe vite grâce à une démographie dynamique.

Cela veut dire en clair que l’économie doit créer des dizaines de milliers d’emplois avant que le chômage commence à baisser. Mais je voudrais m’arrêter sur un autre point symptomatique : le thermomètre qui mesure la température. En quelques mois, ce thermomètre a changé. C’était frappant dans les «urgents» de l’AFP diffusés hier, les radios ou les sites Internet. Le nombre quasi-officiel de chômeurs est devenu 4,05 millions.

Et ce n’est pas le bon ? Il est bon, mais il n’est pas le seul et surtout, il est nouveau. Voilà ce qui s’est passé : longtemps, le thermomètre était le nombre de chômeurs de catégorie A, ceux qui ne travaillent pas du tout. Fin décembre, on en comptait 2 725 200. Mais petit à petit, sous la pression d’associations, d’économistes, on a ajouté à ce chiffre les demandeurs d’emploi ayant une activité à temps partiel. Pourquoi ? Parce qu’on considère que s’ils restent inscrits, c’est qu’ils voudraient travailler plus. On traduit cela en disant qu’ils sont en temps partiel subi. Soit plus d’un million de personnes. Voilà comment le chiffre médiatique du chômage, que l’on retient, qui tournait autour de 3 millions de personnes, est en train, doucement, de passer à 4 millions. Certes, les médias fournissent tous les chiffres, certes les spécialistes résistent, mais c’est celui-là qui grignote les autres et prend le dessus.

Un changement qui n’est pas justifié ? L’on passe d’un excès à l’autre. Pour plusieurs raisons. La première est tout simplement qu’un autre chiffre officiel existe, celui au sens du Bureau international du travail (BIT), le seul permettant les comparaisons internationales. Or, celui-ci prend en compte les personnes disponibles tout de suite (donc ne travaillant pas). Le résultat ? 2,6 millions de chômeurs en France ! Moins que nos chiffres hexagonaux. La seconde raison est qu’il est difficile de "mettre dans le même sac" et de définir comme chômeur de la même manière tous les demandeurs d’emploi travaillant à temps partiel. La moitié d’entre eux travaillent plus de 90 heures par mois, plus d’un mi-temps, certains sont proches d’un temps plein. Ils n’ont pas grand chose à voir avec ceux employés 20 heures. Pour ces deux raisons, le 4 millions est très extensif.

Le choix du thermomètre n’est pas neutre. Comme les chiffres de la délinquance ou l’évaluation du temps de travail en France, tous les chiffres sont aussi politiques. Economiques, idéologiques (reflétant des conceptions différentes) mais aussi politiques. Le Gouvernement est en train de se rendre compte que le chiffre qui s’installe sert le PS qui inscrira dans le bilan de Nicolas Sarkozy en 2012 : chômage «4 millions» –ce qui sera factuellement faux ou en tous cas pas totalement exact. Après le coup du paquet fiscal en début de mandat, le coup du bilan social.

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