Le président chinois, en difficulté sur plusieurs sujets (Hong Kong, Taiwan, guerre commerciale), doit prouver à son peuple qu'il peut le protéger. Il veut aussi montrer au monde la supériorité du modèle libéral-communiste en termes d'efficacité.

Des passagers de Shanghai, portant des masques, arrivent au centre de croisière de Chuo Wharf à Fukuoka le 27 janvier 2020
Des passagers de Shanghai, portant des masques, arrivent au centre de croisière de Chuo Wharf à Fukuoka le 27 janvier 2020 © AFP / Masaki Akizuki / Le Yomiuri Shimbun

Il est toujours délicat voire indécent de parler des conséquences économiques d’un événement sanitaire, quand il y a des victimes dans leur chair et même leur vie. Mais l’événement que nous avons sous les yeux, avec des dizaines de millions de Chinois mis sous cloche, isolés du monde, avec des établissements scolaires et des cinémas fermés, des déplacements interdits, tout cela ne restera pas sans effet quand le pays fête le Nouvel An. En 2019, la croissance chinoise a été la plus faible depuis 29 ans, autour de 6%. Elle va forcément ralentir encore. Le coût mondial de l’épidémie du SRAS, en 2003, avait été évalué à 50 milliards de dollars, le coût du coronavirus sera élevé dans un pays qui n'est plus le même qu'à l'époque : la consommation joue un rôle plus important. 

Sur le terrain politique maintenant, l’enjeu est déterminant pour Xi Jinping, qui subit actuellement trois gros revers : la situation à Hong Kong, la réélection d’une opposante à Taiwan et le conflit commercial avec Donald Trump. A long terme, Pékin n’a pas perdu face à Washington (aucune couleuvre sérieuse n’a été avalée), mais à court terme, le président américain a une victoire politique parce que son économie à lui ne souffre pas du conflit. Bref, Xi Jinping est sous pression. 

Au-delà, le pouvoir chinois doit et veut apporter des preuves dans deux directions. 

  • Le peuple chinois ne supporte l’autoritarisme -croissant- du pouvoir de Xi Jinping que s’il a des résultats et se montre efficace pour le protéger contre ce qu’on appelait autrefois les Calamités du Ciel. La recentralisation autour du Parti communiste est totale et la contrepartie de la dictature qui privilégie l’unité chinoise sur toute autre chose est l’enrichissement et la sécurité. Le pays est déjà remonté contre la pollution et le charbon. 
  • Au plan international, Pékin est plus que jamais engagé dans une bataille idéologique pour montrer que son système est supérieur à celui des démocraties libérales, notamment sur l’efficacité. Quand une région entière est bouclée, quand on promet de construire deux hôpitaux de 1.000 places en dix jours, le pouvoir dit : nous, on peut le faire, vous vous ne pourriez pas. 

Le parallèle est osé, mais la dernière fois que la Chine a bluffé le monde, c’était en 2008, pour les Jeux Olympiques. Elle ne veut pas rater ce moment-là.

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