Sanofi, Institut Pasteur : les raisons du retard pour la conception d'un vaccin contre le Cobid ne sont celles qui sont le plus souvent avancé (refus du risque, trop de dividendes aux actionnaires etc.). C'est le manque de collaboration entre les trois mondes que sont l'université, les entreprises et les investisseurs.

Le Français Sanofi va produire le vaccin de Pfizer-BioNTech.
Le Français Sanofi va produire le vaccin de Pfizer-BioNTech. © Getty / Emilija Manevska

Le Français Sanofi va produire le vaccin de Pfizer-BioNTech. On l'a appris hier : 100 millions de doses sortiront de ses usines à partir du mois de juillet, cela veut dire qu’il y en aura environ 15 millions pour la France, ce qui permettra de vacciner 7 millions de Français (il y a deux doses) ... après l'été.

C’est un bel engagement et en même temps cela doit être difficile pour le numéro 2 mondial des vaccins, pour tous les salariés, de fabriquer un autre vaccin. 

En temps normal, on dirait que c’est humiliant, mais on n’est pas en temps normal et donc bravo

Une fois cela dit, naturellement, la question qui se pose derrière est : pourquoi Sanofi et l’Institut Pasteur ont-ils échoué (jusqu’à maintenant) à avoir leurs propres vaccins ? 

Les Etats-Unis, le Royaume-Uni, l’Allemagne, la Chine, la Russie, l’Inde ont leur vaccin, pas la France : là, c’est vraiment humiliant.

Alors, pourquoi ? 

La réponse est compliquée parce que les analyses globalisantes à chaud écartent les coups de chance, de malchance, les fautes de management (les mauvais choix) et la part de mystère de la science. Ainsi, les scientifiques comprennent dit-on mal pourquoi le virus de la rougeole ne marche pas (c’était la piste de Pasteur) tandis que l’adénovirus marche (la piste d’AstraZeneca) -je m’arrête là. 

Mais si on tente quand même des explications, on en entend beaucoup. 

Lesquelles ?

1- Il y aurait en France un manque d’appétit pour l’innovation. Fausse piste : le nombre de créations d’entreprises bat des records et il y a des start-ups à la pelle. 

2- Sanofi gaspillerait son argent en dividendes. Peut-être : mais Pfizer ou AstraZeneca en distribuent autant. 

3- Le crédit d’impôt recherche serait versé aux Big Pharmas à fonds perdus. En fait, les Etats-Unis les aident bien davantage : plus de 10 milliards rien que contre ce virus. 

Et donc alors ?

La difficulté c’est le manque de fluidité (d'agilité) des relations entre la recherche universitaire et le secteur privé, la rareté des passages, pour les chercheurs, d’un monde à l’autre sans suspicion réciproque

Le géant Pfizer a parié sur la nouvelle technologie de l’ARN développée par des ex-universitaires allemands qui ont créé une bio-tech cotée au Nasdaq. Trois mondes ont travaillé ensemble.

Des investisseurs américains ont accepté de perdre de l’argent pendant des années en pariant que Moderna réussirait avec des idées venues d’Europe et de Harvard. AstraZeneca a parié sur Oxford.

En France, on se regarde en chiens de faïence, on se jalouse parfois, on scrute les conflits d’intérêt et on ensevelit les chercheurs publics sous des tonnes de paperasse qui les occupent à mi-temps sans bien payer les meilleurs. 

Bref, on ne se fait pas confiance – ce qui, vous en conviendrez, est un trait national qui a un champ d’application assez large. 

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter