L’édito éco de Dominique Seux, des Echos : des « J.O », sous l’angle économique, avec une question provocatrice : est-ce que ce n’est pas un luxe trop coûteux ?

Oui. Est-ce que c’est raisonnable, quand on est en crise économique comme l’est la Grande-Bretagne aujourd’hui, d’organiser des Jeux qui coûtent les yeux de la tête ? Mercredi, on a eu la confirmation que le pays traverse la récession la plus importante depuis 50 ans. Or, la facture totale des Jeux devrait s’élever à 13 milliards d’euros pour seize jours – je vous laisse calculer le prix de la journée. Quelle autre activité humaine coûte aussi cher sinon l’envoi de fusées sur la lune ? Le budget des JO permettrait d’envoyer des hommes sur Mars ! On répondra qu’une partie de la note est réglée par des sponsors, des droits télévisés, la billetterie et que la construction des stades et des villages a soutenu l’activité économique et qu’ils serviront. Peut-être. Mais, d’une part, les contribuables londoniens y sont au final largement de leur poche ; et d’autre part les JO sont pollués par ce qui est quand même devenu un barnum publicitaire et un business mondial, avec le premier cercle des onze entreprises amies, puis le second cercle etc.

Bon, mais tout cela n’a rien de nouveau, si ?

Ce qui est nouveau est que le coût des Jeux d’été a explosé. Un peu plus de un milliard d’euros à Atlanta en 1996 - c’est la ville de Coca Cola, qui avait sponsorisé l’événement - ; 2 milliards d’euros à Sydney ; 13 milliards, déjà à Athènes en 2004 ; 32 milliards en 2008 à Pékin, qui a fait une opération de prestige incroyable. D’où la suggestion paradoxale : les JO ne devraient-ils pas se dérouler dans les pays qui ont à y gagner quelque chose, par exemple une reconnaissance internationale - comme Pékin donc, Barcelone en 1992 ou Rio au Brésil demain, en 2016 ? Les pays développés, eux, n’ont pas grand-chose à y gagner. Quel plus pour l’image de Londres ? Rien. Il y a déjà eu un mariage et un Jubilé ! Autre solution iconoclaste ; dite celle-là avec le sourire : réinstaller définitivement les Jeux à Olympie en Grèce pour relancer le pays, mais avec des infrastructures permanentes.

Je sens que vous n’êtes pas tout à fait sérieux. Au-delà de la provocation, ces JO ont-ils quand même une utilité économique ?

Oui, on va en trouver - en tous cas une utilité indirectement économique. 1 – C’est bon pour le moral. Dans les pays développés, surtout en Europe, la déprime est telle, la crise est tellement obsédante, qu’une pause, qu’un moment collectif et positif, c’est bon à prendre. 2 - Les jeux sont utiles pour resserrer les liens entre les peuples alors que les tentations nationalistes se réveillent et que les relations entre les Etats, encore une fois en Europe par exemple, sont plus dures qu’elles n’ont été depuis longtemps. Et 3 – Les jeux posent une question : les résultats (en nombre de médailles) ont-ils un lien avec la puissance, notamment économique ? Réponse : oui. Les premières économies de la planète ont été les plus médaillées à Pékin, et inversement. La seule exception : l’Inde, 10ème puissance, 50ème au classement. Et la France ? 5ème puissance, 10ème médaillée. La Chine, 2ème puissance, 1ère médaillée à Pékin, sera peut-être redoublée par les Etats-Unis à Londres. Bref, les Jeux coûtent cher, mais ils consolent de la crise et font chaud au cœur, et c’est cela, si on peut dire, qui compte !

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