Un rapport très officiel fait la lumière sur un sujet controversé : l’évolution des prix et des marges dans l’alimentation.C’est un rapport qui sera remis au Parlement aujourd’hui et que s’est procuré ma consoeur Marie-Josée Cougard. Il s’agit du premier travail de l’Observatoire des prix et des marges alimentaires, organisme qui a étudié la façon dont les prix alimentaires "évoluent des champs jusqu’à notre assiette". Pour le dire mieux, l’objectif est de regarder comment, sur dix ans, les producteurs (les agriculteurs), les industriels (Danone, Nestlé etc.) et les distributeurs (comme Leclerc, Carrefour, Auchan) se répartissent les marges. La conclusion est que les distributeurs "encaissent les sous" (!), tandis que la filière agricole encaisse les coups. Quand les prix montent, elle n’en profite pas ; quand ils baissent, elle souffre. Ce sujet est brûlant, chacun se renvoie la balle, parfois même violemment. - Concrètement, quelles sont les conclusions du rapport ?Un rapport dirigé, avec tous les ministères et des professionnels, par un spécialiste reconnu, l’économiste Philippe Chalmin. La conclusion générale est que les marges brutes de la distribution (avant salaires, il ne s’agit pas de bénéfice) sont confortables et constantes quels que soit les prix payés aux producteurs. Concrètement, l’Observatoire a regardé le lait, des viandes et les fruits et légumes. Alors, quelques exemples. Parlons de la côte de porc. Le distributeur prend 55% du prix pour lui, 16 points de plus qu’il y a dix ans, la part de l’éleveur, elle, est passée à 36%, soit 9 points de moins. S’agissant du lait ou du beurre, la part des producteurs a baissé aussi. Si on regarde les fruits et légumes, la marge brute du distributeur sur le melon est de 50%. Sur un rapport de 250 pages, les exemples fourmillent. Un petit dernier : la cerise bigarreau coûte jusqu’à 5 fois plus cher au consommateur qu’elle n’a été payée par le distributeur.- Donc, la grande distribution est coupable ?Ce n’est pas le mot, elle ne fait rien d’illégal. Elle, elle met en avant les marges des industriels de l’agro-alimentaire, qui sont confortables et qui, en pourcentage du chiffre d’affaires, sont supérieures. Mais ce que montre cette enquête –dont les résultats vont être contestés-, c’est que c’est le rapport de forces qui compte. Un producteur tout seul face à un géant de la distribution pèse peu, tout comme un petit industriel. Le meilleur contre-exemple, c’est le yaourt. Les marges des distributeurs ont reculé au cours des dix dernières années. Il est plus facile pour un groupe comme Danone, qui produit de grandes marques, de négocier ses prix. Ce qui est sûr, c'est qu’il faut punir les ententes. Ce qui est sûr aussi, c'est que l’abandon de toute forme d’encadrement des prix par Bruxelles depuis 5 à 10 ans a constitué une énorme révolution.- Honnêtement, tout cela, on le savait, non ?Rien de neuf ? Sauf que les données sont désormais officielles et publiques. On imagine que Bruno Le Maire, le ministre de l’Agriculture qui se démène beaucoup, va s’en saisir. On imagine aussi que Nicolas Sarkozy préférera le laisser gérer ce dossier plutôt que le nommer à Bercy pour remplacer Christine Lagarde. Mais ça, on en aura la confirmation la semaine prochaine.

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