Ce matin, les trois questions de politique économique auxquelles le gouvernement doit répondre.

C’est une véritable douche froide qui est tombée depuis dimanche : lundi, la rigueur - courageuse - a été annoncée sur les dépenses de l’Etat ; hier soir, on a appris que le chômage est au plus haut depuis treize ans ; et ce matin, la note de l’Insee promet des lendemains qui pleurent, avec une croissance quasi-nulle d’ici la fin de l’année (0,4% en moyenne). Un chiffre que des experts officiels eux-mêmes trouvent encore trop optimiste. Et effectivement, ce ciel sombre pose trois questions au gouvernement.

Allons-y pour la première.

Elle est simple : quels moyens les pouvoirs publics ont-ils pour faire repartir la machine ? Réponse : hélas, limités. Un graphique concocté par l’Insee résume la situation. Les pays européens n’ont pas encore tous rattrapé (seulement) le niveau de production qu’ils avaient avant la crise. Si on fixe à 100 leur niveau du début 2008, l’indice fin 2012 sera de 102 en Allemagne, de 100 en France, mais de 94 en Espagne, de 93 en Italie et de 80 en Grèce. Il sera de 130 ou 140 en Inde et en Chine ! Face à cela, problème : les forces de rappel sont faibles. La relance budgétaire ? Pas d’argent. La relance monétaire ? Les taux d’intérêt sont bas. La baisse de l’euro ? Elle est limitée. La baisse du prix de l’énergie ? La consommation des pays émergents écarte un vrai contre-choc pétrolier. C’est pour cela que Paris pousse à une relance sur fonds européens, en clair sous parapluie allemand.

Deuxième question : l’attitude vis-à-vis des entreprises.

Oui, un autre graphique de l’Insee est éclairant. Le taux de marge des entreprises a fortement reculé en 2011, il reculera cette année. Résultat : il est au plus bas depuis vingt-cinq ans ! Salaires, impôts, stagnation inquiétante de la productivité : tout concourt à ce que les entreprises aillent mal. Bien loin de l’image d’Epinal des géants du CAC 40. Michel Sapin, le ministre du travail, a été raisonnable avec un coup de pouce au Smic qui est un coup d’ongle. Mais faut-il charger la barque avec un tour de vis fiscal sur les sociétés de plusieurs dizaines de milliards d’euros ? Beaucoup de doigté sera nécessaire.

Troisième question, sur le pouvoir d’achat.

La dernière information livrée par l’Insee mérite que l’on s’y arrête. Cette année, le pouvoir d’achat des ménages va reculer nettement. C’est la cinquième fois depuis 1950. La faute aux impôts augmentés par Nicolas Sarkozy, en attendant ceux de François Hollande. Question : quels leviers pour renverser la vapeur ? La croissance, toujours la croissance. Mais il faudra aller la chercher ici, dans les entreprises et dans l’innovation.

Tout dernier point : 2012, plus grave que 2008 ?

Sur le papier, non, il y a plus de langueur qu’un infarctus. Sauf que beaucoup a été tenté depuis 2008 sans grand résultat. Si l’état de santé d’un malade est le même après les médicaments, cela veut dire soit que le diagnostic était mauvais, soit que la convalescence sera longue.

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