Vous revenez sur le conflit opposant Paris à la Commission européenne présidée par José Manuel Barroso. Pour vous, dans ce conflit, il y a les pensées mais aussi les arrière-pensées de la France…

Cette polémique que chacun a en tête est montée en intensité ces derniers jours, juste avant le Sommet européen d’aujourd’hui. Dimanche, Arnaud Montebourg a accusé Barroso d’être rien moins que le carburant du Front National parce qu’il serait responsable des politiques d’austérité qui désespèrent les peuples ; depuis, Benoît Hamon, Claude Bartolone et François Hollande lui-même ont dit plus ou moins la même chose. Seul Laurent Fabius, raisonnablement, a jugé que c’était quand même un raccourci un peu expéditif. Mais voilà, la France s’est convertie au "Barroso bashing" comme à chaque fois qu’elle se cherche un bouc-émissaire.

Ce matin, le président de la Commission répond à ces critiques dans les colonnes des Echos

Oui. Il estime qu’il y a eu un malentendu sur l’exception culturelle, mais martèle que, oui, la Commission a le droit de s’intéresser aux réformes décidées par Paris et que l’Europe est (je cite) préoccupée par la perte de compétitivité de la France depuis plusieurs décennies (fin de citation).

Quels sont les objectifs de Paris ?

Il y a clairement l’envie de faire porter le chapeau des politiques d’austérité à l’exécutif européen. Barroso est devenu la tête de turc de Hollande comme il l’était de Sarkozy. En réalité, malgré tous ses défauts et son bilan médiocre, le chapeau ou les épaules de Barroso ne sont pas aussi larges : les objectifs de réduction des déficits ont été décidés par les Etats en pleine crise de l’euro, quand plus personne ne voulait prêter de l’argent à l’Espagne ou à l’Italie. On oublie le climat du printemps 2010 ou de l’été 2011, c’est facile de réécrire l’histoire après. Ce sont les contribuables du Nord de l’Europe qui ne voulaient pas prêter de l’argent au Sud à fonds perdus sans contrepartie. Aujourd’hui, il y a un consensus pour étaler les efforts budgétaires, tirer l’élastique sans le casser, mais à vrai dire, beaucoup d’Européens estiment cela justifié pour l’Espagne, le Portugal ou l’Italie, pas pour la France. Et donc, c’est vrai qu’il y a de l’inquiétude en Europe sur la confiance que l’on peut accorder à un pays qui ne tient jamais ses engagements. Plus largement, Il y en a aussi sur le caractère très franco-français des responsables politiques, qui n’ont pas du tout la même approche de la mondialisation que la plupart de nos voisins.

Et puis, il y a les arrière-pensées tactiques dans cette charge contre Bruxelles…

Attaquer Bruxelles et Barroso, c’est plus facile qu’attaquer Berlin. Songez que Berlin a présenté hier un budget 2014 en équilibre ! Ensuite, chacun pense aux élections à venir, où les partis souverainistes pourraient faire un carton. Attaquer Bruxelles, c’est espérer mettre les électeurs de son côté. Bref, si on était très méchant, on dirait que dans tout cela, il y a autant d’arrière-pensées que de pensées – et peut-être plus.

Dans tout cela, comme vous dites, il y a un pays qui mérite l’admiration ?

La Croatie, -on vient d’en parler dans le zoom- qui deviendra lundi le 28ème Etat de l’Europe, et qui a voulu rentrer dans cette pétaudière.

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