L’édito éco de Dominique Seux, du quotidien « Les Echos ». __ On l’a appris hier : au mois d’avril, la consommation des ménages a progressé de 0,7% en France. Et c’est un bon chiffre, mais jusqu’où est-ce un bon chiffre ? Un débat a agité hier après-midi la rédaction des « Echos » sur le sujet. L’information a été mise à la Une, mais après beaucoup d’hésitations. Il y avait deux camps parce que deux lectures étaient possibles. Pour certains, cette progression de 0,7% est en trompe l’œil. Pourquoi ? Parce que les achats des ménages ont été tirés par le secteur automobile, lui-même porté à bout de bras par la prime à la casse. Parce que l’Insee révise régulièrement ses chiffres et souvent à la baisse. Parce qu’il semble, si on regarde la tendance de moyen terme, que la consommation s’effrite très légèrement. Bref, tout ça montrerait que la nouvelle n’est pas si bonne que cela, surtout si on sait que les 600.000 chômeurs de plus prévus cette année par l’Unedic hier dépenseront moins. Dans l’autre « camp » , d’autres arguments ont été mis en avant. Entre mars et avril, il y a eu deux mois de hausse de la consommation, 0,6% puis 0,7%. Ça n’est pas rien. Depuis le début de l’année, ensuite, les achats des ménages progressent, à l’inverse de la Grande-Bretagne, qui a abaissé pourtant sa TVA, de l’Espagne et des Etats-Unis, où ils ont reculé. La comparaison est donc plutôt flatteuse et tous ceux qui annoncent mois après mois que la consommation va s’écrouler en sont pour l’instant pour leurs frais. Bref, elle reste bien aujourd’hui le moteur de l’économie, ne serait-ce que parce que les revenus de nombreux Français sont garantis, c’est le fameux modèle social. Elle amortit le choc de la récession, c’est d’ailleurs ce que nous avons finalement titré au-dessus d’un autre titre sur les plans sociaux du jour. Cette discussion symbolise ce qu’est la conjoncture aujourd’hui : un moment où les jugements définitifs sont risqués. Il y a des signes dans tous les sens. En Chine, aux Etats-Unis, le sentiment général est que cela va mieux, la remontée du moral des ménages américains a suffi hier pour enthousiasmer Wall Street. En Europe, les choses sont plus compliquées. Il n’y a même pas de consensus pour dire que le fond a été touché ! Et de toute façon, quand un ascenseur a dégringolé cinq étages en sous-sol, en remonter un rassure peut-être, mais le rez-de-chaussée est encore loin. Enfin, et c’est un élément important, la crise est si spécifique, inédite, que les modèles économétriques, mathématiques et informatiques de prévisions s’affolent et ne sont plus crédibles. Voilà pourquoi les chiffres sont révisés comme jamais. Au total, donc oui, le chiffre d’avril est meilleur que s’il était mauvais mais il devra être confirmé ! Cela complique les commentaires des responsables politiques. C'est assez drôle d’ailleurs, on le voit sur la consommation. Pour dire que tout va mal et va continuer à aller mal, la gauche est obligée de sous-estimer la force du modèle social qu’elle défend par ailleurs. La majorité, elle, est contrainte de vanter les mérites d’un modèle qu’elle dénonçait autrefois.

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