Manuel Valls a reparlé hier d’une baisse de l’impôt sur le revenu. Peut-on y croire ?

Ecoutez, oui, on peut y croire, à condition de préciser tout de suite que de la baisse de l’impôt sur le revenu, il n’y en aura pas pour tout le monde. Loin de là. Si les couches populaires et les classes moyennes, pour reprendre la formule du Premier ministre, en bénéficieront, les autres contribuables, eux, en seront a priori exclus d’ici la fin du quinquennat. Il faut ré-enrouler le film dans le bon sens pour comprendre ce qui s’est passé. Le 31 décembre, François Hollande reconnait que les impôts sont (je le cite) « lourds, trop lourds » - ce qui est amusant puisqu’il les a augmentés. Depuis qu’il est à Matignon, Manuel Valls est même plus direct encore puisque, à ses yeux, les impôts sont à un niveau (je le cite) « insupportable ». Il l’a redit hier. A partir de là, deux décisions sont. D’une part, un allégement des cotisations sociales payées par les salariés annoncé en avril (différent des allégements qui concernent les entreprises). Et d’autre part une diminution de l’impôt sur le revenu pour les très bas revenus, diminution détaillée il y a dix jours et qui s’appliquera à l’automne. Ce qui a paru un instant nouveau hier, c’est quand le premier ministre a parlé d’un allégement pour 2015. Sur le moment, on a compris : un allégement en plus, pour d’autres personnes.

Mais voilà, ce n’était pas la bonne interprétation ...

Ben non ! Il fallait comprendre que l’allégement décidé pour les revenus faibles cette année sera reconduit les années suivantes. Ce qui ne constitue pas une vraie surprise, on n’imagine pas une remontée de l’impôt en fin de quinquennat. Qui est concerné ? L’allégement des cotisations sociales, ce sera jusqu’à 1,3 smic. La baisse de l’IRPP, ce sera jusqu’à 1,1 smic pour un célibataire, 2,2 smic pour un couple, un peu plus quand on a des enfants. L’an prochain, il y aura peut-être - sans doute- un chouïa supplémentaire pour les Français qui sont un peu au-dessus. Mais il n’y aura rien pour les dix-sept autres millions de contribuables dont le ras le bol crié l’été dernier par Pierre Moscovici, l’ex ministre de l’Economie, ne sera finalement pas traité.

Et c’est ennuyeux ?

Le problème est qu’il n’y a pas d’argent, mais de deux choses l’une. Si le ras le bol fiscal ne concerne que ceux qui paient peu d’impôts, alors le gouvernement a raison de se concentrer sur eux. Mais si le ras le bol fiscal concerne bien davantage de Français - ceux qui ont fait leurs calculs depuis quelques semaines -, alors il va handicaper le moral, la consommation et la reprise au cours des prochaines années. Le 11 mai, sur TF1, il disait, écoutez : « trop, c’est trop - trop d'impôt, selon la vieille formule, tue l'impôt et tue surtout la compétitivité de notre pays »__ A chaque fois, malin, il compatit en général pour tous, mais agit pour quelques uns seulement. Question : est-ce valable pour quelques uns ou pour tous ?

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