Manuel Valls a annoncé hier la simplification du dispositif sur la pénibilité.

On en a beaucoup parlé depuis hier : oui, la procédure et le calendrier qui doivent permettre à trois millions de salariés exerçant des métiers pénibles de partir plus tôt en retraite ont été assouplis. Si l’on excepte le Medef qui reste furieux, les réactions ont été positives. La raison l’a emporté - voilà ce que l’on entend. Mais ce qui est intéressant est d’essayer aussi de comprendre pourquoi il a fallu autant de temps pour réaliser que ce qui était prévu initialement était inapplicable ! Aujourd’hui, tout le monde, y compris les syndicats, reconnaît que le mécanisme de départ était -c’est un euphémisme- complexe. Mais deux rapports et deux ans de discussions ont été nécessaires. C’est seulement maintenant que chacun admet au gouvernement qu’il était difficile de demander l’impossible à un petit patron du bâtiment. Selon l’article D4161 alinéa 2 du code du travail, il devait calculer (je cite) si ses salariés maintiennent plus ou moins 900 heures par an leurs bras en l'air à une hauteur située au-dessus des épaules. Ou combien de temps ils travaillent en position accroupie ou à genoux. Ou avec un torse fléchi à plus 30 ou 45 degrés. Fin de citation. Les critères seront désormais relevés au niveau de la branche professionnelle. Mais pourquoi donc tant de temps de réaction ?

Et je vous pose la question !

Parce la France souffre de quelque chose de terrible : l’absence de confiance. Quand le patronat ou les entreprises parlent, leurs paroles sont a priori suspectes. Et une partie de la France se dit : s’ils râlent, c’est que la mesure est bonne pour les salariés, pour l’intérêt général. La responsabilité est celle des gouvernements (droite et gauche), de ministres qui font voter des textes invraisemblables par idéologie et parce qu’ils ne connaissent pas l’entreprise. Seraient-ils capables, eux, de décompter le nombre de nuits blanches de leurs collaborateurs, ou de discours que ces collaborateurs ont dû réécrire, de repas passés à l’as, d’engueulades injustifiées, bref tout ce qui est pénible en vie de cabinet ? Non, bien sûr. Mais cette absence de confiance, c’est aussi la responsabilité des entreprises, qui ne font pas passer leurs messages.

Au final, le compromis trouvé est-il bon ?

Parions que l’histoire n’est pas finie ; il va falloir que chaque branche discute. Mais surtout, on voit bien que tout cela va coûter cher. Attention : que le salarié du BTP qui s’épuise sur un marteau piqueur toute la journée parte en retraite avant le col blanc dans son bureau, c’est normal. Mais on voit bien que le dispositif va viser très large et coûter deux milliards d’euros au minimum aux entreprises. Au total, c’est la 3ème fois que le pouvoir est obligé d’avaler en partie son chapeau. Il a d’abord taxé lourdement les entreprises avant de passer au Pacte de responsabilité ; il a mené une politique du logement avec Duflot qu’il a défait avec Pinel ; et il revoie sa copie sur la pénibilité. N’y a-t-il pas un proverbe qui dit que le plus court chemin est la ligne droite ?

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