Le groupe italo-américain Fiat-Chrysler a proposé à Renault une fusion à parité, qui donnerait naissance au 3ème groupe automobile mondial. Avec Nissan, l'ensemble dominerait (de très loin) le secteur. Mais un mariage à 4 peut-il marcher quand il est déjà difficile à 2 ?

Jean-Dominique Senard et John Elkann
Jean-Dominique Senard et John Elkann © Getty / Bertrand Rindoff Petroff et Tomohiro Ohsumi

Renault a tenu un conseil d’administration exceptionnel ce matin à 8 heures, parce que le groupe Fiat-Chrysler lui propose une fusion. Cela fait plusieurs semaines qu’ont lieu des discussions en vue de constituer le… numéro un mondial de l’automobile. Ce conseil de Renault la regarde "avec intérêt".

Jean-Dominique Senard, le dirigeant de Renault-Nissan, est à la manœuvre mais Bruno Le Maire, qui l’a reçu vendredi, et Emmanuel Macron sont favorables à ce scénario qui, s’il ne capote pas, pourrait se finaliser dans les dix jours - même si l'opération durera quant à elle au moins un an. C’est une énorme opération pour l’automobile mondiale, dont l’objectif est double. 

-Un : mutualiser les coûts de recherche-développement considérables qui sont déjà là et qui sont prévisibles pour diriger les voitures vers le moteur électrique et l’autonomie. Autant faire cela ensemble, plutôt que d’affronter chacun dans son coin notamment les Chinois. 

-Second objectif : Fiat mettrait un pied en Asie grâce à Nissan, et Renault aux Etats-Unis grâce à Chrysler. 

Le nouvel ensemble produirait une quinzaine de millions de véhicules par an, avec une quinzaine de marques, Renault, Dacia, Nissan, Mitsubishi, Jeep, Fiat, Alfa Romeo, Chrysler etc. 

1- Concrètement, ce serait (on parle au conditionnel parce que plusieurs schémas sont forcément sur la table), ce serait une opération 50-50 entre Renault et Fiat, avec 15% environ du capital pour le fonds de la famille Agnelli et 7% pour l’Etat français (qui diviserait par deux, donc, sa participation) comme pour Nissan. La co-entreprise serait immatriculée aux Pays-Bas (comme Airbus...) avec, selon la proposition de FCA, quatre administrateurs respectivement pour Renault et la famille Agnelli,  plus un pour Nissan. Et l'Etat français ? C'est en discussions. 

2 - Concrètement encore, le président de l’ensemble serait le représentant de la famille Agnelli, John Elkann, et Senard serait vice-président mais il serait surtout le patron opérationnel (CEO). Senard, qui a remplacé Carlos Ghosn en janvier, déplace vite les lignes. 

C’est un projet très ambitieux mais aussi risqué. 

On va beaucoup entendre parler d’Airbus de la voiture, et pourquoi pas. Mais c’est plus large, cela concerne le monde entier et, là, les Européens et les Français sont à la manœuvre, personne ne s’en plaindra : on se plaint assez de l’absence européenne dans la technologie. 

A partir de là, première question à laquelle il faudra répondre : un mariage à quatre, Renault, Nissan, Fiat et Mitsubishi, peut-il marcher, alors que le mariage à deux (avec Nissan) ou 3 (avec Mitsubishi) est déjà compliqué ? 

Seconde garantie que les Français voudront avoir : être sûr que la partie italienne ne prendra pas le volant alors que Renault est plus petit que Fiat-Chrysler et Nissan. 

Ce sont les enjeux des dix prochains jours mais hier soir, à Boulogne-Billancourt, la probabilité d’un deal était évaluée à 95%.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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