Par Bernard Maris.

Après les mauvais chiffres, et pour lutter contre le chômage, Jean-François Copé propose de renoncer à la lutte des classes…

Oui, il propose de « constituer un grand front des producteurs qui tourne le dos à la lutte des classes et qui associe le travail et le capital ». C’est une remarque très étonnante car cela voudrait dire que la lutte des classes existe. Eh bien oui, elle existe, au moins si j’en crois le milliardaire Warren Buffet, l’homme qui a donné une vingtaine de milliards de dollars à la fondation Bill Gates, je cite, « oui la guerre (il dit carrément la guerre) la guerre des classes existe ; d’ailleurs nous l’avons gagnée ». C’est un peu le sentiment qu’on a quand on voit la toute puissance de la finance et la toute impuissance de la politique ; mais Warren Buffet ajoute : « Vous savez pourquoi je donne tout cet argent à une fondation ? Parce que tout ce que j’ai gagné je me le dois parce que je suis un génie ; mais je me le dois seulement à 10% ; tout le reste je le dois à l’économie ; donc je rends 90% aux gens à qui je l’ai pris » C’est formidable ! Non ? Patrick ? C’est la constatation que l’exploitation, dixit un milliardaire, comme la guerre des classes, ne sont pas des vains mots. Et si l’on se souvient des pères de l’économie.

Qui donc ? Adam Smith ?

Oui, le père Adam Smith, qui disait : devant le gâteau il y a trois personnes : le rentier, l’entrepreneur, et le travailleur. En général c’est le rentier qui tient le couteau. Si le gâteau est de taille croissante… le partage ne pose pas trop de problèmes... Mais si le gâteau se rétrécit... Il Bagarre. Bagarre ! Comment faire l’union sacrée, l’union nationale entre patrons, rentiers et salariés ? Les rentiers ont de l’argent placé un peu partout ; par exemple la dette française est possédée aux deux tiers par des étrangers ; donc l’union nationale, bof… Les patrons... Les gros ont des succursales à l’étranger, ont délocalisé une partie de leurs activités, donc l’union nationale, c’est bien, mais si ça va mal en France, ils iront tenter leur chance ailleurs, donc ils ne sont pas concerné par Jean-François Copé.

Restent les petits patrons et les salariés…

En général c’est aux salariés qu’on demande de renoncer à la lutte des classes, mais là, le « grand front des producteurs » dont parle Jean-François Copé, doit, me semble-t-il, concerner les acteurs économiques coincés dans l’hexagone, ceux qui ne peuvent pas délocaliser ou placer dans un paradis fiscal. Ce grand front va lutter contre d’autres grands fronts, le front allemand, le front italien, le front chinois, pour couper le gâteau mondial en sa faveur. En France la part des exportations dans le PIB est de 30%, en Allemagne de 54% ! Ca va être difficile de couper le gâteau sans se couper les doigts !

Donc l’association capital-travail, dont parle Jean-François Copé, est impossible ?

Non. Pas du tout. Elle fut même un grand rêve gaulliste pour dépasser la lutte des classes, elle fut aussi un grand rêve coopératiste ou solidariste pour faire des travailleurs les maîtres de leur production. La coopérative relève de l’association capital-travail et aussi de la démocratie participative, même si, hélas, la coopérative trahit sa vocation et devient Natixis à travers les banques populaires. Mais la phrase de Jean-François Copé est, malgré lui, un grand coup de pied donné à la mondialisation. Elle dit que dans la difficulté, la Nation reprend le dessus sur la liberté du commerce. Au moment où l’Union Européenne se prépare à signer un traité de libre échange avec les Etats-Unis, c’est intéressant.

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