Ce matin : Chine-Europe, l’image, les mots et la chose. Expliquez-nous !

L’image, la belle image, c’est celle du président chinois Xi Jinping accueilli à l’Elysée hier matin par le trio Angela Merkel, Emmanuel Macron et Jean-Claude Juncker, président de la Commission de Bruxelles. C’était une première et c’était une Europe unie qui faisait face à Pékin. 

Les mots, ce sont ceux employés par le Français, qui a demandé au Chinois de respecter l’unité de l’Union européenne, parce que Pékin a pris l’habitude de jouer la division pour rentrer par la fenêtre quand la porte est fermée. 

Mais c’est pour la chancelière allemande que le changement de ton par rapport au passé était le plus net, quand elle a demandé à son grand partenaire commercial de la « réciprocité » tout en ajoutant qu’on a du mal aujourd'hui à trouver cette réciprocité. Voilà, donc, une image et des mots. 

Mais la chose, si j'ose détourner la formule du libertin abbé de l’Attaignant, la chose, c’est que quelques heures plus tard, l’Europe n’a pas montré un front uni face à la Chine sur l’attitude à avoir vis-à-vis de l’équipementier Huawei, qui fournit les matériels télécoms les plus sophistiqués pour la mise en place de la fréquence 5G. Le commissaire en charge du numérique a expliqué qu’il y aurait de la concertation entre les 27, qu'il y aurait de la coordination, des recommandations communes, mais qu’en définitive, chaque Etat resterait libre chez lui de dire oui ou non à Huawei. Tout en rappelant, ce commissaire, qu’une loi chinoise de 2017 oblige tous les fournisseurs de son pays a coopérer avec les services secrets. 

Donc, un premier échec du front uni ? 

Disons un accroc qui montre que la nouvelle doctrine ne sera pas facile à appliquer. Certains pays sont sensibles à la pression américaine contre Huawei, onze autres ont déjà lancé des appels d’offres sans exclure Huawei et d’autres encore comme la France ont des opérateurs télécoms qui ont vraiment envie de travailler avec cette entreprise. Vu de loin, l’Europe refuse de suivre Donald Trump et d’exclure a priori Huawei, vu de près chacun fait ce qu’il lui plait. La commande de 300 Airbus est une récompense au Vieux continent et un signal envoyé par Pékin à la Maison-Blanche. 

Mais l’Europe, qui importe pour 400 milliards d’euros de marchandises made in China par an, ne parle pas encore d’une seule voix. Contrairement à l’image diffusée hier.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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