L’édito éco de Dominique Seux, des « Echos ». _____Hier, la Commission de Bruxelles a présenté son plan de relance, avec une enveloppe de 200 milliards d’euros. Est-ce un élément important dans la crise ? Non, et c’est bien dommage. Ce rendez-vous de la Commission n’a pas été très réussi. En fait, le mot plan est assez usurpé. Le président Barroso a présenté des recommandations aux 27 Etats membres en leur disant : voilà les leviers à utiliser pour passer la crise économique, le bâtiment, les infrastructures, l’emploi etc. Mais, attention, avec votre argent ! Sur l’enveloppe de 200 milliards d’euros, il y en a 85 % qui viendront des gouvernements, qui feront ce qu’ils voudront et quand ils veulent. Pour le reste, il y a quelques milliards pour aider la voiture verte, des prêts de la Banque européenne d’investissement. Pas de quoi fouetter l’économie. Alors, est-ce que c’est décevant ? Pas vraiment, parce que les compétences européennes sont de toute façon limitées. Ce qui est décevant, c’est qu’il n’y a, dans ce qui a été dit hier, aucune idée vraiment nouvelle. Ce qui est décevant aussi, c’est que la Commission n’est pas vraiment respectée. L’Allemagne a immédiatement récusé certaines maigres pistes proposées. Il n’y aura pas de new deal européen. L’étape suivante, c’est retour à la case départ, les plans nationaux. Là, ça s’accélère. Lundi, on avait le plan britannique, avec la baisse de la TVA. Aujourd’hui, on aura un plan espagnol, sur les grands travaux et l’automobile. Demain, un plan italien pour les familles à faibles revenus. Et puis bientôt, un plan français. Seuls les Allemands ne se prononceront qu’en janvier sur la suite. Première conclusion, en Europe, les relances ne sont pas coordonnées, à peine concertées, mais elles sont à peu près simultanées. Ce n’est pas assez, c’est déjà pas mal. Que chaque pays ne fasse pas pareil n’est pas ennuyeux. Chacun a ses problèmes. A condition que les uns ne gênent pas les autres. Il ne faut pas que les Français aillent faire leurs courses à Londres parce que la TVA y est très inférieure. Autre conclusion : que l’Allemagne prenne ses distances est moins ennuyeux sur le fond - elle agira si cela va très mal - que sur ce que cela révèle de la fissure dans le couple franco-allemand. Nicolas Sarkozy et Angela Merkel n’ont pas d’atomes crochus, mais il n’y a plus de germanophile dans les rangs du pouvoir, et ça, c’est un vrai problème. Le plan français est un vrai concours Lépine. Nicolas Sarkozy devrait annoncer des premières mesures sur le logement demain, à Meaux, en Seine-et-Marne. L’idée, ce n’est pas d’aider la consommation en général, mais les entreprises et des secteurs en difficulté. Concrètement, et c’est une information, le gouvernement envisage d’aller plus vite pour payer les entreprises quand il leur doit de l’argent : réduction des délais de paiement en cas de marchés publics et accélération des remboursements d’impôts, de TVA par exemple. Pour le logement, il pourrait y avoir une amélioration du prêt à taux zéro et une accélération de la rénovation-isolation thermique des HLM. Nicolas Sarkozy avait aussi très envie de baisser la TVA sur les ventes de voitures. Mais Bruxelles et Berlin disent non. Le bonus auto pourrait donc être relevé. Et puis, Paris demande la baisse de la TVA sur certains produits verts, et là, Bruxelles est d’accord. Toutes ces mesures ne suffiront pas. Les plans ne vont pas empêcher le chômage d’augmenter. Mais ils sont nécessaires économiquement et politiquement. Le risque quand même, c’est la saturation. On en est au troisième plan depuis la rentrée. Et, quand Nicolas Sarkozy ne sera plus président de l’Europe, il aura tout son temps pour en faire bien d’autres !

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