Sur un chantier, en Provence
Sur un chantier, en Provence © PHOTOPQR/LA PROVENCE / PHOTOPQR/LA PROVENCE

Michel Sapin, le ministre du Travail, évoquera ce matin en conseil des ministres la question des travailleurs détachés, ces Européens qui viennent travailler en France. C’est pour lutter contre des abus ?

C’est LE sujet qui affole les politiques à quelques mois des européennes parce que le Front National, mais aussi les syndicats et les entreprises en parlent beaucoup. Quand la CGT et la CGPME sont dans le même bateau, cela mérite de regarder ! Toute la difficulté, dans cette affaire, devrait être de ne pas se tromper de bataille, de ne pas faire d’un bon combat contre les tricheurs de l’Europe un combat contre l’Europe elle-même. Mais, pour être franc, cela devient difficile et on peut se demander, tant les nerfs sont partout à vif, s’il n’est pas trop tard, si le système du détachement ne devra pas être revu. Parce que le sujet des travailleurs détachés nous rappelle forcément quelque chose …

Oui, le plombier polonais qui avait pesé dans la victoire du non au référendum de 2005. Eh bien, le plâtrier roumain ou le chauffeur polonais ont le même potentiel explosif. Il y aurait désormais entre 150.000 et 300.000 européens qui viendraient chaque année travailler en France pour quelques jours, semaines ou mois. Quand cela se passe de façon légale, en vertu d’une directive européenne de 1996, ils sont payés au moins au Smic français mais avec les cotisations sociales de leur pays, c’est-à-dire moins cher qu’ici. Mais cela peut se passer aussi de façon illégale avec des sociétés écrans et des montages sophistiqués. Dans tous les cas, les exemples abondent : les intérimaires roumains de Gad, les Lituaniens et les Roumains des chantiers navals de Cherbourg, les bûcherons des pays de l’Est vus dans le Morvan à 2.000 euros TTC par mois ou le personnel grec des loueurs de voitures de Nice.Et du coup tout le monde râle …

Et proteste contre la concurrence déloyale. Pour l’anecdote, il y a eu un grand débat sur ce sujet au conseil des ministres mercredi dernier, chacun a raconté des histoires. Qu’est-il possible de faire ?

Si on réfléchit, l’idée de départ d’encourager la mobilité en Europe est bonne et elle a construit la France et l’Europe. Si on réfléchit, il est logique que la protection sociale de ces travailleurs étrangers soit celle de leur pays d’origine. Ils prendront leur retraite chez eux, ils sont soignés chez eux. Un Français qui va en Allemagne paie sa retraite ici. Le problème est que le système a dérivé avec l’entrée de pays de l’Est avec une protection sociale plus faible. L’Allemagne le nie, mais ses abattoirs en ont profité largement. Le problème est que comme d’habitude, l’Europe a réagi l’an dernier, avec 16 ans de retard. Le problème est que ces travailleurs embarrassent plus les pays où le chômage et le coût du travail sont élevés que d’autres. Alors, le gouvernement va essayer de mettre des garde-fous contre les abus, il a raison, il va se battre au conseil européen du 9 décembre, il a raison. Mais franchement, il faut que l’on voit très vite que c’est efficace sinon ce sont d’autres dispositions plus radicales qui devront être prises pour que l’Europe ne finisse pas par être emportée par tous ses échecs.

Aller plus loin :

> Les travailleurs détachés dans le viseur du gouvernement par Véronique Julia

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