Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, a présenté hier les grandes lignes de son plan d’investissement de 315 milliards d’euros. Est-il convaincant ?

Ecoutez, il y a beaucoup de scepticisme qui s’exprime, mais on peut être convaincu par plusieurs points. Jean-Claude Juncker est passé à l’action : il a annoncé son plan à peine un mois après son arrivée. Cela change de son prédécesseur, José Manuel Barroso, dont l’immobilisme face à la crise était total. Si on s’autorise une perfidie, on aurait aimé que Juncker soit aussi rapide pour comprendre que le statut fiscal du Luxembourg posait un problème à toute l’Europe …Passons. Autre point positif, ce projet a une portée psychologique : on parle investissements, ambitions et l’Europe s’adresse à nous sur un autre terrain que celui des déficits publics, des règlementations, bref de la tuyauterie –utile, mais quand même desséchant. Du concret, c’est bien. On quitte le terrain punitif. Et chacun sait que l’Europe a un retard d’investissement.

Mais il y a un mais, je le devine !

D’abord, l’ampleur du plan en question ne donne pas envie de sauter au plafond. 315 milliards sur trois ans, comparés aux 14.000 milliards d’euros de PIB annuel de l’Europe, c’est modeste. Et puis, le mécanisme pour arriver à ce chiffre est audacieux diront les optimistes, douteux diront les pessimistes. L’Europe met 20 milliards sur la table, les investisseurs privés sont supposés mettre le reste une fois rassurés par l’engagement européen. Un effet de levier de quinze, c’est beaucoup pour des projets innovants. Soyons plus précis. La Banque européenne d’investissement (BEI), dont c’est le travail, d’investir, met seulement cinq milliards au pot parce qu’elle est obsédée depuis toujours par l’idée de ne prendre aucun risque… C’est extraordinaire, c’est pourtant son job, de prendre quelques risques ! Fin de la parenthèse technique.

Quand l’effet sur la croissance se fera-t-il sentir ?

Pas tout de suite ! Le processus de sélection des investissements va prendre au minimum quelques mois ; il en faudra encore beaucoup d’autres pour les premiers coups de pioche. On ne peut donc pas attendre d’effet sur la croissance avant 2016.

Le gouvernement français communique déjà sa shopping list, sa liste de courses, comme on dit, de travaux à réaliser.

Il y a la liaison express entre l’aéroport de Roissy et Paris - qui serait inaugurée en 2024. Vous voyez que l’effet sur le secteur du BTP aura peut-être lieu dans deux ans, mais l’effet sur la compétitivité globale d’un meilleur accès à la capitale prendra plus de temps. Cela étant, c’est une excellente idée. Il y a le métro autour du Grand Paris. Il y a des projets de déploiement de fibre optique, de transition énergétique, d’aide à la robotisation des PME et même, paraît-il, un programme de cours de langue en ligne ! Au total, le plan Juncker est le début d’une bonne nouvelle politique, c’est encore très très loin d’un choc économique.

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Le blog de Dominique Seux

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